BANDE ORIGINALE : Altered States


IMG_1396

John Corigliano n’est pas ce que l’on pourrait appeler un artisan chevronné de la bande originale. En même temps, Ken Russell est loin d’être un spécialiste du cinéma d’horreur (j’en veux pour preuve son Gothic avec Julian Sands ou l’hilarant Repaire Du Ver Blanc donnant la part-belle à un Hugh Grant aussi glabre qu’un nourrisson venant de naître). Mais comme le second est un amateur éclairé de musique classique, leur collaboration sur cet étrange long-métrage, doublement inspiré par le roman éponyme de Paddy Chayefsky et la série The Outer Limits, fait sens. Altered States est à la fois l’un des plus étranges et limpides films jamais réalisés par le cinéaste anglais. Il préfigure Le Loup-Garou De Londres de John Landis et le Blueberry de Jan Kounen tout en y injectant les visions les plus troubles de son chef d’oeuvre absolu The Devils. Une banale histoire de recherches « au-delà du réel » se transforme alors progressivement sous nos sens en alerte en une plongée vertigineuse au coeur de nos peurs les plus troubles, liées aux origines-mêmes de notre existence sur cette foutue planète.

IMG_1397

Issu d’une famille de musiciens classiques émérites, assistant de Leonard Bernstein, le petit John ne se destinait certainement pas à composer un score aussi foutraque et dérangeant que celui-ci, inspiré à la fois par les spectres des grands auteurs slaves (Penderecki et Ligeti en tête) et par le sublime The Planets de Gustav Holst. Ménageant des accalmies très romantiques, Corigliano n’hésite cependant jamais à convoquer l’artillerie lourde de la peur sourde, faisant résonner d’haletantes percussions en écho à de lentes et douloureuses montées de violon. Chaos et violence de la naissance. Un peu comme s’il se sentait obligé de coller à un cahier des charges « clichesques ». Sauf qu’il parvient à sublimer le bête exercice de style par sa science du dosage impeccable ainsi que sa compréhension des intentions psychédéliques de son collègue-cinéaste visionnaire dont les saillies déviantes sous haut-patronage kubrickien offrent une vision quelque peu détournée du matriciel 2001 (notamment sur la fin du métrage).

IMG_1398

Si je te dis que l’édition concoctée par Waxwork est encore une fois sublime, tu vas finir par penser que je détiens une partie des actions du label de la Nouvelle-Orléans. Et pourtant c’est vrai. Kevin Bergeron fait de nouveau des miracles. L’artwork, signé We Buy Your Kids, néglige totalement l’original sorti chez RCA Red Seal (à la pochette, il faut le dire, parfaitement moche) pour réinterpréter le film à sa sauce new age. Le diable étant dans le détail, j’aimerais tant que tu puisses passer tes doigts sur ces paillettes incrustées dans la pochette… L’effet est absolument sublime, et même un vieux disquaire blasé dans mon genre ne peut que s’incliner devant ce petit plus qui différencie les chouettes disques des beaux objets. Quand à la couleur de la galette, elle est tellement belle que j’en bave à chaque fois que je la pose sur la platine. Comme quoi, pas besoin de drogues pour régresser à un état primal…

.

Florian Schall

Le disc-shop de Flo: // La Face Cachée // Vente de VINYLES + CD + DVD + BD + HIFI 

Florian S.
Florian Schall, né en 1980. Disquaire à La Face Cachée, chroniqueur musical sur Mirabelle TV, propriétaire du blog http://recordsarebetterthanpeople.tumblr.com/ , organisateur de concerts, musicien au sein de divers projets (Twin Pricks, Poincaré, The Holy Mundane) et ex-zineux repenti.

Laissez un message

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *