BANDE ORIGINALE : Kids

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Eté 1997. Je m’envole pour le Canada avec une bande de jeunes, aux frais de la princesse Sacilor-Unimetal (l’usine qui employait ma maman à l’époque et qui deviendra au fil des années Unimetal, puis Ispat-Unimetal, puis Arcelor Mittal, pour finir par ne ressembler aujourd’hui à rien d’autre qu’un décor de post-nuke rital de dixième zone). Dans ma poche, un portefeuille avec pas loin de 1000 francs (150 euros) à dépenser durant les trois prochaines semaines que dureront mon périple dans la Belle Province. Bien entendu, je prévois de m’y acheter une bonne poignée de disques introuvables sur le vieux continent. Bien entendu, cette perspective me rend totalement débile.

Bien entendu, je perds mon portefeuille dans l’avion. Comme une merde. Je me revois encore le mettre sur mon sac (et non en dedans, tu le remarqueras; un véritable génie) avant de m’endormir. Bien entendu, je m’en rendrai compte une fois arrivé sur les lieux de notre première étape, un chouette camping aux abords de la forêt québécoise. Bien entendu, quelqu’un de l’agence de voyages me transmettra en mains propres le dit-portefeuille, vide de ses devises.

BIEN ENTENDU !

Heureusement, la générosité de mes nouveaux amis me permettra d’acheter au moins un disque durant ce séjour. Et ce disque, tu t’en doutes bien, ce ne fut pas Candle In The Wind d’Elton John mais bien la bande originale de Kids.

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Dans notre bonne vieille Vallée de l’Orne, on était toute une équipe à ne jurer que par ce long métrage. La déglingue de Casper, les errances de Jenny, le « bon produit » que l’on n’appelait pas encore ainsi mais que l’on fumait déjà en quantité « astroponique » pour faire comme les anti-héros du film… Il ne se passait alors pas un week-end sans que l’on ne le regarde au moins une fois, tous ensemble. Je l’avais en effet loué dans un vieux vidéo club d’Hagondange et m’étais empressé de le copier. On n’appelait pas ça « pirater » à l’époque, mais c’était tout comme. La musique aussi nous avait soufflé. Sans parler de la scène du park avec le Oh My God d’A Tribe Called Quest en fond. Une atmosphère. Un ton. Une mélancolie déchirante et une violence sourde. Des déflagrations sonores en symbiose avec le propos de l’uppercut cinématographique de Larry Clark. La confirmation du talent de songwriter de Lou Barlow et son Folk Implosion qui m’impressionne encore infiniment plus que ses hipstereries dans Sebadoh (Daddy Never Understood, Jenny’s Theme, Natural One, Spoiled, et je m’arrête là sinon je cite tous leurs morceaux). Un premier contact avec cet étrange personnage que sera toujours Daniel Johnston (Casper, Casper The Friendly Ghost). Ces furieux rappers de Lo Down qui ne signeront rien d’autre que deux maxis totalement mythiques (Mad Fright Night, totalement Hyenas In The Desert). L’inhumain Good Morning Captain de Slint et ses 7 minutes 39 secondes de bonheur électrique. Tout ça regroupé sur un petit bout de plastique dont j’userai et abuserai la matière à chaque occasion permise.

Je n’ai toujours pas mis la main dessus en vinyle mais je sais qu’il existe. Comme tu ne m’as rien offert pour mon anniversaire, c’est peut-être le moment de te faire pardonner. Je te laisserai tranquille après ça.

photo 3

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Florian Schall

Le disc-shop de Flo: // La Face Cachée // Vente de VINYLES + CD + DVD + BD + HIFI 

Florian S.
Florian Schall, né en 1980. Disquaire à La Face Cachée, chroniqueur musical sur Mirabelle TV, propriétaire du blog http://recordsarebetterthanpeople.tumblr.com/ , organisateur de concerts, musicien au sein de divers projets (Twin Pricks, Poincaré, The Holy Mundane) et ex-zineux repenti.

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