BANDE ORIGINALE : Naked City

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Si tu lis régulièrement mes conneries en ces virtuelles pages, tu ne dois pas trop comprendre ce qu’il se passe depuis environ un mois. Entre la chronique de la bande originale d’un jeu vidéo (Minecraft) et une rétrospective du groupe Sospetto afin de coïncider avec la sortie de leur troisième album, c’est vrai que ça fait un peu beaucoup de déstabilisation pour une rubrique sensée être uniquement consacrée à la musique au cinéma. Et bien ce n’est pas cette semaine que ça risque de s’arranger, puisque j’ai en effet décidé de te parler d’un disque cher à mon coeur, entretenant tout de même un lointain rapport au cinéma mais ne pouvant décemment pas être considéré comme une bande originale à part entière (et récemment réédité de façon totalement non-officielle).

Ce disque, c’est le Naked City de John Zorn.

Ce disque, c’est un putain de chef d’oeuvre.

Si tu le connais déjà, tu sais pourquoi je me permets de t’en parler.

Si tu ne le connais pas, une mise en situation s’impose.

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John Zorn, c’est un peu le maverick du jazz moderne. Le mec aime collaborer avec des musiciens d’autres sphères musicales (grind, death, punk, world, classique, pop, dub et j’en passe) sur des projets aussi originaux que jusqu’au-boutistes, dans une optique alliant l’amusement et l’exploration, violant littéralement et régulièrement ses sujets de dissection (le maestro via son Big Gundown : John Zorn Plays The Music Of Ennio Morricone, la musique klezmer avec son groupe Masada) mais donnant à entendre une oeuvre globale d’une cohérence et d’une originalité folle. Doté d’un jeu de saxophone reconnaissable entre mille (bordel, ce son), il se permet en plus, insulte suprême (!), de sortir ses disques (ainsi que ceux d’artistes qu’il apprécie, dans des versions qui, selon ses dires, « respectent la vision du musicien ») via son propre label Tzadik. Sa discographie étant un véritable enfer pour les complétistes (un point commun qu’il entretient avec les dieux du grind Unholy Grave et les papes du mince-core Agathocles, tiens donc), je ne m’étendrai pas plus longuement sur la question (pour cela, il me faudrait une année entière d’articles hebdomadaires). Concentrons-nous donc plutôt sur Naked City.

Formé à la fin des années 80 par Zorn, Naked City se compose de Joey Baron à la batterie, Fred Frith (Henry Cow, Art Bears, Skeleton Crew) à la basse, Bill Frisell à la guitare et Wayne Horwitz aux claviers. Yamatsuka Eye (fondateur des Boredoms) y pousse également ses gueulantes « borborygmiques » si caractéristiques. Sorti en 1989 chez Elektra Nonesuch, le premier album éponyme du groupe est un véritable manifeste. D’une énergie et d’une inventivité folle, les vingt-trois morceaux (vingt-six pour la version CD) que compte ce chef d’oeuvre se partagent entre explosions de violence incontrôlée (le début de la face B, de Igneous Ejaculation à Speedball, que l’on retrouvera également sur l’album suivant, Torture Garden), hommages étrangement sages à la musique des maîtres (sublimes versions du Clan Des Siciliens d’Ennio Morricone et du Chinatown de Jerry Goldsmith) et grosses farces rock’n’roll super barrées (les très ludiques Punk China Doll et Saigon Pickup). Si l’esthète se rabattra sur le Lonely Woman d’Ornette Coleman ou le I Want To Live de Johnny Mandel (issu du film du même nom avec l’incandescente Susan Hayward), le geek indécrottable (que je suis) ne pourra se lasser d’écouter en boucle les contorsions rythmiques des interprétations déglinguées des thèmes de Batman et James Bond (poke Valentin Maniglia). Et puis, avec des titres aussi poétiques et référencés que Reanimator ou Snagglepuss, comment ne pas succomber au charme putrescent décomplexé de la Ville Nue ?

Un jazzeux qui remercie aussi bien Napalm Death et Extreme Noise Terror que Lip Cream et Blind Idiot God ne peut avoir que mon entière et inconditionnelle sympathie.

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Florian Schall

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Florian S.
Florian Schall, né en 1980. Disquaire à La Face Cachée, chroniqueur musical sur Mirabelle TV, propriétaire du blog http://recordsarebetterthanpeople.tumblr.com/ , organisateur de concerts, musicien au sein de divers projets (Twin Pricks, Poincaré, The Holy Mundane) et ex-zineux repenti.

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