BANDE ORIGINALE : Candyman II / Papaya


CANDY1

Je me suis déjà épanché plus que de raison en ces augustes pages à propos de tout le bien que je pensais de One Way Static, l’un des rares pourvoyeurs de soundtrack de qualité à avoir adopté une démarche honnête à contre-courant du motto imposé par les voleurs du conglomérat Mondo et des wannabees capitalistes qui traînent dans leur sillage de merde colorée. Je suis d’autant plus triste de constater que le label se bat littéralement avec des problèmes financiers et mécaniques afin de donner corps à sa passion dévorante pour le microsillon cinématographique. En effet, il s’est passé au minimum huit à neuf mois entre le moment où Candyman II et Papaya ont été annoncés et les sorties réelles. Bon, on est en juin 2016 et les deux nouveaux Saint-Graal sont néanmoins là. Je vais donc éviter de me plaindre et tenter de me réjouir.

CANDY2

Mon copain Sebastiaan donne une suite heureuse au score du chef d’oeuvre de Bernard Rose composé par le démiurge Philip Glass. Si Candyman II souffre de l’amateurisme capotant de Bill Condon à la réalisation (auteur d’un pourtant formidablement émouvant Gods & Monsters à propos de la relation homosexuelle entre James Whale et son homme à tout faire, magnifiquement interprété par Ian McKellen et Brendan Fraser) ainsi que d’une volonté d’en faire trop à la fois dans le gore et le pathos, il peut néanmoins se targuer de posséder une bande originale beaucoup plus réussie que celle de son prédécesseur. Excédant à peine les vingt minutes, celle-ci joue sur un dialogue tendu entre des choeurs inquiétants (Daniel’s Flashback) et un orgue tout en discrète profondeur (The Slave Quarters), n’hésitant jamais à moduler les rythmes de façon subtile et donnant constamment l’impression d’un Grand Tout construit avec trois fois rien (All Falls Apart). Une belle et puissante liturgie qui fait honneur au personnage incarné par Tony Todd et créé par Clive Barker, figure dramatique anti-héroïque par excellence.

CANDY3

On peut dire que notre ami belge a de la suite dans les idées. Faisant suite aux éditions des mythiques scores de Cannibal Ferox et Cannibal Holocaust (respectivement 2014 et 2015), One Way Static ajoute une tripe à son arc « cannibalistique » en donnant naissance à la première version physique de l’incroyable score de Stelvio Cipriani pour le méconnu Papaya du pervers pépère Joe d’Amato, probablement tourné dans le sillage de son cultissime Emanuelle Chez Les Cannibales. Absolument pas eu l’occasion de le contempler à l’époque où je me bouffais de la péloche d’exploitation jusqu’à plus faim (les joies de l’adolescence en solitaire), et je doute avoir envie de m’infliger sa vision aujourd’hui, si ce n’est, soyons honnête, pour la plastique absolument irréprochable de la ténébreuse Melissa Chimenti. En revanche, je n’hésiterai pas une seule seconde à faire tourner sur la platine les seize morceaux que comporte sa bande originale, véritable compendium de ce qui se fait de mieux en matière de librairie musicale, sublime ode à la danse de salon et à la chaleur latine. Si tu n’as pas vu le Gregos bouger son corps sur Dancing Papaya, Papaya Run ou bien encore Guantapapaya, on peut d’ailleurs dire que tu as un peu raté ta vie.

.

Florian Schall

Le disc-shop de Flo: // La Face Cachée // Vente de VINYLES + CD + DVD + BD + HIFI 

Florian S.
Florian Schall, né en 1980. Disquaire à La Face Cachée, chroniqueur musical sur Mirabelle TV, propriétaire du blog http://recordsarebetterthanpeople.tumblr.com/ , organisateur de concerts, musicien au sein de divers projets (Twin Pricks, Poincaré, The Holy Mundane) et ex-zineux repenti.

Laissez un message

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *