BANDE ORIGINALE : Rushmore

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Franchement, j’ai du mal à m’y remettre. C’est toujours un peu comme ça, mais cette année je trouve que c’est encore pire que les précédentes. Pourtant, j’ai pas de routine qui me permette de trouver le temps long ou me faire chier. J’écris un peu quand je veux et comme je le sens. En revanche, j’écris beaucoup. J’essaie de me tenir à trois articles par semaine sur Records Are Better Than People et à la rédaction d’une chronique hebdomadaire sur The Bloggers Cinema Club. Sans oublier les biographies d’artistes, les tartines promos pour les différents labels auxquels je suis plus ou moins directement liés ou bien encore les multiples brouillons des textes de mes projets musicaux… C’est quand tu t’arrêtes d’écrire que tu prends conscience de la chronophagie extrême de cette activité vitale. Comme si tu n’avais jamais remarqué à quel point il était parfois agréable de faire autre chose. Ne pas passer quelques heures de plus par jour devant un écran d’ordinateur ou un crayon à la main, sans pour autant sauver des vies, épargne l’ennui qui te guette fatalement dans la pratique régulière de cette passion dévorante.

Sauf que t’y prends dangereusement goût. Plus de temps pour regarder des films, plus de temps pour lire, plus de temps pour marcher seul. Plus de temps à passer avec l’être aimé. Franchement, pourquoi se faire chier à écrire quand on peut vivre ?

J’ai donc passé l’été en pente douce, à profiter des lentes secondes qui s’égrainaient, à faire un peu moins attention à mes deadlines et autres obligations, tout en accumulant bien entendu un nombre incalculable de sujets rédactionnels intéressants, sans toutefois éprouver l’envie d’en discuter avec de potentiels lecteurs et lectrices. Mais bon voilà, je ne peux fuir mes responsabilités indéfiniment, j’ai 35 ans et je n’en ai plus 15, il est temps pour moi de me faire violence et de revenir aux affaires.

(est-ce que je fais bien monter la sauce ?)

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J’ai vu Rushmore pour la première fois sur Canal +. A l’époque, j’enregistrais tout ce qui passait d’un peu « autre » sur l’ex-bonne chaîne cryptée. Elle avait le bon goût de diffuser au moins une fois (la nuit, de préférence) la plupart de ces oeuvres atypiques en VOST. Le magnétoscope fumait à mesure que le stock de VHS vierges diminuait. Je ne restais pas levé très tard car les programmations de mon bon vieux Samsung argenté étaient inévitablement fiables. En revanche, je ne perdais jamais trop de temps pour dévorer mes pêches nocturnes. Je me suis donc fait le second Wes Anderson au réveil, un dimanche matin. Je m’en souviens encore car j’avais été marqué par sa réalisation légère et décalée (embryon d’un style qui sera développé avec plus ou moins de bonheur puis fatalement copié, voire moqué), mettant en valeur le bagout de l’incontournable Bill Murray (à l’époque considéré comme un has-been) et la tronche de cake pas possible du tout jeune Jason Schwartzman. Mais bon, la petite Jennie Zakrzewski en parle mieux que moi dans son article consacré au film.

Si je te parle du premier métrage marquant de son auteur, ce n’est pas pour raconter ma vie (encore que) mais bien parce qu’une version vinyle de sa bande originale vient tout juste de sortir chez London Records, dans le sillage du succès de la publication à l’occasion, du dernier Record Store Day en date, de son Darjeeling Limited. D’emblée, je dois t’avouer que je ne suis pas particulièrement fan des compilations. Surtout si c’est pour écouter des vieux morceaux entendus déjà mille fois (oui Guardians Of The Galaxy, c’est à toi que je parle). Mais force est de constater que ça fonctionne parfaitement bien ici. Et cette alchimie, c’est bien à ce diable de Mark Mothersbaugh qu’on la doit. Oscillant constamment entre l’acidité joyeuse de la musique folklorique grecque et l’innocence mutine de l’indie pop bricolée à la Terrordactyls et Moldy Peaches (Hardest Geometry Problem In The World, Snowflake Music, le tétanisant Piranhas Are A Very Tricky Species), les compositions du leader de Devo font le lien entre le classique freakbeat de The Creation (Making Time) et la sublime balade des Kinks (Nothing In This World Can Stop Me Worrin’ About That Girl), confrontant le romantisme prog épique et désabusé des Who (A Quick One While He’s Away et son final tétanisant) à la douceur jazz de Zoot Sims (Blinuet). Ben ouais. C’est quand même le mec qui a écrit Everything Is Awesome, bordel.

En revanche, London Records, t’aurais pas l’impression de te foutre gentiment de ma gueule avec ton sticker « Respect The Classics » apposé sur ton édition ultra cheap dénuée de liner-notes, de photos promo exclusives, d’artwork revu et corrigé ou de bonus providentiels ? Hein ? Comment ça, « oui ! » ?

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Florian Schall

Le disc-shop de Flo: // La Face Cachée // Vente de VINYLES + CD + DVD + BD + HIFI 

Florian S.
Florian Schall, né en 1980. Disquaire à La Face Cachée, chroniqueur musical sur Mirabelle TV, propriétaire du blog http://recordsarebetterthanpeople.tumblr.com/ , organisateur de concerts, musicien au sein de divers projets (Twin Pricks, Poincaré, The Holy Mundane) et ex-zineux repenti.

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