BANDE ORIGINALE : The VVitch


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Je ne sais pas si tu te souviens. En janvier 2016, je louais les qualités de Bone Tomahawk, le western cannibale crépusculaire atypique de S. Craig Zahler, le qualifiant entre les lignes de petit chef d’oeuvre, le plaçant directement au sommet de mon top de fin d’année et lui prédisant un succès catégorique et incontestable au Festival du Film Fantastique de Gerardmer. Si j’eus raison sur un bien mérité Grand Prix, il semblerait que je doive quelque peu réviser mon jugement quand aux trophées annuels que je risque de décerner en ces augustes pages à l’approche de Noël. En effet, je n’avais pas encore vu The VVitch.

Il est d’ailleurs amusant de constater à quel point les deux métrages ont en commun. Ce sont tout d’abord des premiers films. Et pour des coups d’essai, force est de constater que ce sont véritablement deux coups de maître. Ils prennent le genre qu’ils abordent à revers, privilégiant aux effets de manche la construction lente et progressive d’une ambiance aussi envoûtante que vénéneuse. En mettant le langage au coeur de leur grammaire visuelle, Robert Eggers et Zahler manifestent leur désir de retourner aux racines du conte duquel leurs oeuvres sont clairement inspirées (Hawthorne, les récits d’enlèvement, la tradition orale). Ainsi, perdus dans de véritables tableaux de maîtres (certaines plans de The VVitch évoquent les toiles les plus saisissantes de Vermeer), leurs personnages (dés)incarnés n’en subissent la terreur que plus viscéralement. Peut-être est-ce l’abus de centaines de kilomètres de pellicules hollywoodiennes formatées, et peut-être (finalement) était-ce bon (pour moi) de parcourir ce chemin de croix pendant aussi longtemps. Toujours est-il que j’ai ressenti la peur en regardant ces deux films. Je n’avais plus vécu tel effroi depuis mon adolescence, Massacre A la Tronçonneuse et l’Exorciste.

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Si elle rend clairement hommage à un autre monument horrifico-métaphysique en la personne du Shining de Stanley Kubrick via des emprunts aux univers contemporains slaves (Ligeti, Penderecki, les dissonances, les choeurs hantés), la bande originale composée par le Canadien Mark Korven se met avant tout au service du métrage d’Eggers. Les percussions menaçantes évoquent un primitivisme antédiluvien pas forcément évident à comprendre en ayant le film sous les yeux, tant les images captent et glacent la rétine. Elles invoquent le démon qui dort, le sommant de se réveiller et de prendre possession de nos corps. Les cordes (violoncelle, viole de gambe), rappelant le travail mélodique de Lori Goldston et d’Hermann Kopp, décuplent la supposée schizophrénie du personnage principal, baignant le spectre sonore d’une infinie douceur avant de briser la clarté via des notes qui transpercent littéralement le tympan. Car c’est un jeu constant entre des parties très rythmées et d’autres plus contemplatives qui se jouent alors sous nos oreilles éprouvées. Un glissement progressif tout en tension larvée vers les Enfers. Jusqu’à l’explosion. D’une violence salvatrice.

Une libération totale.

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Florian Schall

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Florian S.
Florian Schall, né en 1980. Disquaire à La Face Cachée, chroniqueur musical sur Mirabelle TV, propriétaire du blog http://recordsarebetterthanpeople.tumblr.com/ , organisateur de concerts, musicien au sein de divers projets (Twin Pricks, Poincaré, The Holy Mundane) et ex-zineux repenti.

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