Blu-ray : Monty Python : Sacré Graal ! – Joyeux an(NI !)versaire !

Monty Python : Sacré Graal !

Comment parler de son film préféré de tous les temps ? Comment évoquer le génie quand d’autres le font depuis déjà 40 ans ? Comment ne pas recommencer pour la quatrième fois cette chronique de l’édition spéciale anniversaire de Sacré Graal ! des Monty Python ? Vaste question…

… avec laquelle je ne viendrai pas vous embêter maintenant, bien évidemment. À la place, penchons-nous rapidement sur le contexte, à savoir : le Moyen Âge. Ah, le Moyen Âge… Ses famines, ses épidémies, son taux de mortalité infantile élevé couplé à sa courte espérance de vie… On est loin de la période la plus sexy de l’Histoire, vous en conviendrez. Et pourtant, combien de films où cette glauque (oui, couleur de l’eau croupie) époque est magnifiée, ses « désagréments » négligés et tout ce dont on se rappelle est l’amour courtois, petites sauteries entre damoiselles et chevaliers ? Ça me rappelle mes cours d’ancien français (option renforcée ; oui, qu’est-ce que j’ai pu rire sur les bancs de la faculté) et le jour où, entre deux débats quant à la traduction des œuvres de Chrétien de Troyes enflammés, notre professeure – se sentant probablement en terrain conquis – nous a avoué régulièrement fréquenter les rassemblements dédiés tout entiers à la célébration de ces sombres heures post-Antiquité. « Et vous y faites quoi ? », un de mes vaillants camarades a-t-il lancé. La réponse fut, en substance, « repas d’époque costumés ». Je me souviens que ça nous a fait les interclasses de l’année : « Tu crois qu’ils bâfrent du cygne avec les doigts ? Et que les meufs portent des ceintures de chasteté pour rigoler ? » Pour rigoler… Perso, j’ai jamais vraiment pigé l’intérêt. C’est vrai, quoi, pourquoi vouloir revivre indéfiniment ces instants d’obscure servilité ?

Monty Python : Sacré Graal !

Aussi, dans ces eaux-là et il y a plus de 15 ans déjà, quand la VHS de Sacré Graal ! et les Monty Python sont arrivés pour la première fois dans mon salon, par le biais d’un emprunt estudiantin et gracieux à la médiathèque du Pontiffroy de notre bonne vieille ville de Metz (Mettis, capitale de l’Austrasie, pour les amoureux de la précision linguistique dont je fais manifestement partie, cf. l’ancien français renforcé), alors pas du tout familière de l’humour de la troupe d’humoristes anglais, mais gavée jusqu’à la lie avec les exploits du roi Arthur et de sa table supposément circulaire, j’ai longuement hésité à la visionner. Puis tout s’est accéléré. Deux minutes, c’est le temps qu’il m’a fallu pour comprendre que ce générique hystérique vantant parallèlement les charmes de la Suède n’était que le prologue à 1 h 30 de délices surréalistes. Intuition qui s’est révélée entièrement vraie et mainte fois éprouvée. D’ailleurs, dès lors et toujours plus au fil des nombreuses soirées en compagnie de cette folle épopée, je n’ai plus jamais pu m’empêcher de pouffer bêtement à la simple vue d’une noix de coco, comme de ponctuer certaines conversations d’absurdes répliques et/ou onomatopées aux dialogues de ce film empruntées. Le Moyen Âge, prétexte à tant de plaisir tout autant qu’à d’innombrables fous rires, crises de larmes et douleurs abdominales cumulés ? Je ne m’en serais jamais doutée… Chrétien de Troyes non plus, j’en mettrais ma main à couper.

Monty Python : Sacré Graal !

Je ne vous ferai pas l’affront de vous faire le pitch de ce chef-d’œuvre de 1975 en ces pages. D’ailleurs, est-ce seulement possible de résumer cette série de sketchs reliés par les animations enluminées et hallucinées de Terry Gilliam (également réalisateur aux côtés de son acolyte Terry Jones) sans la dénaturer ? Pas sûr. Et si vous ne les avez pas encore vus, je ne pourrais que vous insult… pardon, vous encourager à vous ruer sur cette vision ultra moderne et petit budget (230 000 £ seulement) de la quête du Graal qui a influencé bon nombre d’œuvres – avec plus ou moins de bonheur – par la suite. Moderne ? Pour l’époque, évidemment. Et pour ce qui est de la postérité, aussi, assurément. Précédant les deux autres monuments du cinéma comique que sont La Vie de Brian et Le Sens de la vie, Sacré Graal ! possède déjà en son sein la substantifique moelle du testament des géniaux Monty Python et ce qu’une myriade de cinéastes s’efforceront de retranscrire sans – à mon sens – ne jamais égaler le talent de leurs britanniques ainés : la vie est absurde et n’a de sens que celui qu’on veut bien lui donner. Aussi, à quoi bon s’écharper dans d’interminables remakes politiquement corrects du massacre de la Saint-Barthélemy puisqu’on va tous fatalement, un jour ou l’autre, y passer ? Les Monty Python préfèrent rire de tout et ils ont – force est de le constater – foutrement raison. Ma prof d’ancien français avait-elle finalement toute sa tête en se moquant du qu’en-dira-t-on et d’ainsi manger du gibier avec les doigts en compagnie de ses congénères spécialistes de la question ? Fort probablement…

Monty Python : Sacré Graal !

Pour célébrer dignement les 40 ans de cette mythique et extravagante équipée entre adultes consentants, Sony Pictures vient de rééditer le film en Blu-ray agrémenté d’une large plâtrée de bonus. Comme le dit Terry Gilliam lui-même en commentant les animations dont je vous entretenais quelques lignes plus haut (et qui, détournant admirablement la chose religieuse, m’enchantent particulièrement), si vous possédez déjà le film en DVD, tout ce que vous y gagnerez, c’est « un peu de clarté ». C’est bien entendu vrai, mais si, comme moi, vous craignez le jour où les survivants des Monty Python quitteront cette terre (c’est qu’ils sont tous nés dans les années 1940), cette édition contient de précieux et glorieux moments. Je ne m’attarderai pas sur les scènes coupées, la version Lego de la Camelot Song ou l’interview menée par John Oliver au festival de Tribeca de 2015, plaisants, mais pas marquants. En revanche, le reportage qui voit Terry Jones et Michael Palin retracer la quasi totalité du film sur les lieux du tournage (principalement autour de deux seuls et mêmes châteaux de la vallée de Glen Coe en Écosse) est riche d’enseignements. On y apprend comment la troupe a fait face au manque de moyens et c’est avec délectation qu’on découvre comment, en quelque sorte, le long métrage y a gagné en saveur. Et puis, ça fait toujours plaisir de constater que le talent ne saurait être amoindri par des conditions pourries, quelles soient financières ou météorologiques.
– Look, you stupid bastard, you’ve got no arms left!
– It’s just a flesh wound!“

Jennie Zakrzewski

Monty Python : Sacré Graal !

Rédactrice, conseillère éditoriale, photographe et méchant flic du label Specific. Blogs : http://thisisthemodernworld.tumblr.com + http://jennie-artwork.tumblr.com

Laissez un message

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *