CANNES 2017 : Alive in France

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L’enfant terrible du cinéma américain prouve une fois de plus qu’il est l’un des plus grands cinéastes de la rue. Dans Alive in France, il se filme alors que la Cinémathèque de Toulouse offre une rétrospective de sa carrière, et profite de l’occasion pour organiser une série de concerts dans la Ville Rose et à Paris avec son groupe, où l’accompagnent ses amis Joe Delia et Paul Hipp pour jouer la musique de ses films. Superbement filmé et monté, le genre documentaire n’empêche pas Ferrara de se laisser aller à son style tantôt arty et conceptuel, tantôt brut.

Punchy, provoc’ et subversif, Alive in France ne plaira certainement pas aux détracteurs de Ferrara mais risque aussi d’embrouiller ses aficionados. Un curieux documentaire sans filtre où le génie roublard est omniprésent et prend un malin plaisir à se complaire dans cette image d’artiste parfois dépassé qui se met trop souvent en scène. Bien sûr, le sujet central du film est la musique, torturée,  sauvage, infernale : Ferrara apparaît sur scène comme un Nick Cave tout droit sorti de la Divine Comédie, un Nick Cave démoniaque. Il crache son blues dans le micro comme un sorcier fait de mortelles incantations.

Pour autant, l’artiste reste fidèle à son parti pris : Alive in France est aussi l’expression d’une grande histoire d’amitié (avec ses musiciens, fidèles depuis trente ans ou plus), d’amour (sa femme Cristina Chiriac et leur fille Anna y occupent un rôle important) et de musique. Figure punk par excellence du cinéma américain, Abel Ferrara, s’il occupe un temps de présence à l’écran incroyablement important, s’efface toutefois dans le temps de parole : lorsqu’il parle seul, c’est en réponse à des journalistes, à des conférences de presse, à des débats, et presque toujours dans l’unique but de faire la promo de ses concerts. Ce qui est édifiant, c’est donc surtout ce qu’il ne dit pas, ou qu’il choisit de ne pas montrer : pas de confessions face caméra, mais une authenticité sans retenue dans les moments d’intimité ; pas de réflexion sur son art, comme on l’a invité à le faire à la Cinémathèque de Toulouse, mais un film qui en résulte et qui approfondit celui-ci ; pas de moments de rage éclatante de sa part, mais le choix de monter dans le film des instants purement rock’n’roll, comme la géniale et hilarante séquence de cette fille complètement ivre qui siffle un morceau de Paul Hipp tout du long, avant que le guitariste l’insulte, aussitôt le morceau terminé. Avec la programmation de ce documentaire à la Quinzaine des Réalisateurs, Abel Ferrara, ayant quitté les USA pour Rome depuis quelques années, prouve que c’est bel et bien dans notre pays qu’il est « alive ».

Valentin Maniglia

Valentin M.
Valentin M. Cinéphage, étudiant en cinéma et grand passionné de James Bond, du cinéma populaire, bis et gore européen, et de comédies musicales et romantiques mièvres.

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