CANNES 2017 : Wonderstruck

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Deux ans après la tornade Carol, Todd Haynes retourne en compétition officielle avec Wonderstruck, adapté du roman illustré pour enfants éponyme de Brian Selznick. Haynes raconte une fable résolument moderne sur le destin étrangement lié de deux enfants qui, à cinquante ans d’intervalle, fuient leur milieu quotidien en quête d’un lien parental à New York. A l’opposé complet de ce que pouvait proposer Martin Scorsese dans son exubérant et malvenu Hugo Cabret – lui aussi adapté par Brian Selznick de son propre roman –, Haynes réussit merveilleusement son entreprise qui, à travers sa sensibilité d’artiste, se transforme en véritable cabinet de curiosités cinématographique.

Wonderstruck est, avant tout, un conte moderne sur l’amour et la famille, porté par l’interprétation puissante de ses deux acteurs principaux : Millicent Simmonds est Rose, qui, en 1927, fuit la maison familiale pour New York, où elle cherche à rencontrer une star de cinéma ; Oakes Fegley est Jamie qui, cinquante ans plus tard, quitte le Minnesota pour partir seul dans la Grande Pomme à la recherche de son père, qu’il n’a jamais connu. A travers ces deux fugues, Todd Haynes explore les possibilités du septième Art, et met en avant, avec beaucoup de finesse et de poésie, ses rouages et ses mécanismes. Lorsque l’action se déroule en 1927, le film possède un noir et blanc éclatant et aucun dialogue ; à l’inverse, lorsque l’action prend place cinquante ans plus tard, l’esthétique y est plus bariolée, plus funky, plus vintage.

Et pourtant, l’esthétique change, mais pas le style. Haynes ne copie pas les esthétiques de l’époque, il les modernise grâce à son importante réflexion sur le cinéma. Les deux enfants du film étant atteints de surdité, le cinéaste effectue, en plus d’une belle pensée graphique sur la représentation cinématographique de l’effet de privation des sens, un remarquable travail sonore : les bruits y sont omniprésents – le film est, pendant ses 3/4, sans dialogues –, et sont constamment amplifiés ou atténués, de sorte à ce qu’ils nous parviennent toujours déformés ; le compositeur Carter Burwell signe un sommet de la bande originale, les instruments omniprésents exerçant souvent les transitions entre les époques, la musique ne se place ni dans l’une ni dans l’autre, mais en possède toujours des réminiscences.

Wonderstruck se permet aussi d’offrir à Todd Haynes l’occasion de revisiter son cinéma. Si la musique n’est pas la même, le New York des années 1970 est celui de Velvet Goldmine, le jeune Jamie quitte le Minnesota pour New York comme l’a fait Bob Dylan, dont Haynes racontait et réinventait la vie dans I’m Not There – la ville est proche de Duluth, ville natale du chanteur –, Julianne Moore offre une belle interprétation au réalisateur après trois films ensemble… Haynes propose une multitude de lectures dans cette œuvre splendide et intelligente, qui peut être appréciée par les enfants mais encore plus par les adultes, à ranger aux côtés de Max et les Maximonstres et E.T.

Valentin Maniglia

Valentin M.
Valentin M. Cinéphage, étudiant en cinéma et grand passionné de James Bond, du cinéma populaire, bis et gore européen, et de comédies musicales et romantiques mièvres.

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