COMPOSITRICE : Delia Derbyshire & Doctor Who

DUM, DUM DUM DUM DUM, DUM DUM DUM DUM, DOO WEE OOO!

C’est moins évident de le reconnaître à l’écrit, mais ça, c’est générique de Doctor Who. Une mélodie qui annonce pour nos voisins outre-Manche des invasions de Daleks, de Cybermen et de Weeping Angels depuis 1963. Cette mélodie a résonné hier soir dans le salon de tous les Grands Bretons branchés sur la BBC car le Docteur (dans sa douzième incarnation par Peter Capaldi) est revenu pour une neuvième saison. Derrière ce générique aussi iconique que les corgis de Babeth II et tea-time se cachent deux personnes : Ron Grainer qui l’a composé et Delia Derbyshire qui l’a réalisé.

Delia Derbyshire 1

Derbyshire est une pionnière de la musique de la musique électronique, citée notamment par les Chemical Brothers en tant que source d’inspiration, mais bien souvent oubliée par l’histoire. Malgré ses études supérieures en musique et mathématiques à Cambridge, elle peine à intégrer l’industrie —majoritairement masculine— de la musique de la fin des années 50. Après un détour à l’ONU, Derbyshire devient en 1960 directrice adjointe de studio à la BBC et s’intéresse de près au Radiophonic Workshop (atelier radiophonique) —le département qui crée les ambiances et les effets sonores pour les différentes émissions de la station puis de la chaîne— qu’elle intègre deux années plus tard.

Quand Verity Lambert, première productrice de Doctor Who, se met à la recherche d’un compositeur pour le générique de la série en 1963, elle pense tout d’abord au groupe expérimental parisien Les Structures Sonores, mais pour causes de restrictions budgétaires, elle se tourne finalement vers Delia Derbyshire, Ron Grainer et le Radiophonic Workshop. Quand Derbyshire se retrouve avec la partition écrite par Grainer entre les mains, elle est quelque peu décontenancée par ses annotations du type « nuages de vent, » « bulles de vent, » et des onomatopées comme « sweep, » ou « swoop. » Il fallait le talent et la vision unique de la musicienne pour créer le son du voyage dans le temps et l’espace. À une époque où on n’avait ni synthétiseurs, samplers ou enregistreur multi-pistes, elle a réussi à créer l’un des tout premier morceau de musique électronique, en utilisant des magnétophones, des filtres et les divers équipements électroniques à sa portée afin créer la musique du « wibbly wobbly timey wimey stuff. »

https://www.youtube.com/watch?v=75V4ClJZME4

Malheureusement, malgré les efforts et l’insistance de Grainer, la BBC n’a jamais accepté de créditer Derbyshire en tant que co-compositrice et ne lui a donc jamais versé la moitié des royalties qui lui revenaient de droit pour son travail sur Doctor Who. Compositrice visionnaire et une technicienne dotée d’un esprit mathématique aiguisé, Delia a quitté la musique au milieu des années 70. Des centaines de bandes inédites ont été retrouvées chez elle après sa mort en 2001 et données à l’Université de Manchester afin d’être digitalisées. Dans les années 80, les arrangements du générique de Delia ont été remplacés par ceux de Peter Howell, mais Murray Gold, directeur musical lors du retour de la série en 2005 a décidé de réutiliser son travail pour le revival de la série. Pour l’épisode célébrant le 50ème anniversaire de la série (“The Day of the Doctor,” 2013), ce sont ses arrangements originaux que l’on peut entendre dans la séquence d’ouverture et son nom apparait pour la première fois depuis 2005 dans le générique de fin.

Un crédit amplement mérité.

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Initialement publié sur Score It.

Marine Wong Kwok Chuen

Diplômée de University College Dublin en Film Studies, Marine est une des rédactrices du blog. Elle en est aussi la relectrice officielle et essaye de faire la chasse aux coquilles.

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