DU COURT : J’AI TANT RÊVÉ DE TOI

Aujourd’hui, votre serviteur, c’est-à-dire moi-même, vous propose une review un peu particulière, pour un film d’animation qui l’est tout autant. Il m’a été très difficile de l’écrire, quasiment douloureux. Les mots ne sortaient pas aussi facilement qu’à l’accoutumée, les pages demeuraient désespérément blanches. Il est des œuvres qui vous touchent plus que d’autres, qui creusent ou comblent un vide en vous. J’ai tant rêvé de toi fait partie de cette espèce rare, qui vous chamboule, vous berce, vous emporte vers un ailleurs. J’ai tant rêvé de toi n’est pas un simple court-métrage, c’est une invitation à un voyage onirique. J’ai tant rêvé de toi, oui, encore, juste un peu plus…

 

J’ai tant rêvé de toi illustre le poème éponyme de Robert Desnos, membre du groupe surréaliste et adepte du sommeil hypnotique. Esprit libre et fantasque, il est malheureusement traqué et emprisonné par les nazis. Il meurt le 8 juin 1945, à l’âge de 44 ans, au camp de concentration de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie. Produite par Tant Mieux Prod, Emma Vakarelova, illustratrice et réalisatrice pour l’occasion, crée ici un univers singulier, s’affranchissant des lois terrestres. Que ce soit la gravité, les perspectives ou encore les proportions, le monde qui s’offre à nous n’a plus rien de tangible. Et c’est sans aucune résistance que nous plongeons dans ce rêve, bercé par une voix masculine, aux intonations graves et douces ; Morphée nous a rarement paru aussi séduisant. Ainsi, le voyage débute sur une barque, aux côtés d’une femme, ou d’une déesse…peut-être les deux. Le bruit des vagues nous porte tout au long de notre périple, dont le point d’arrivée est la ligne d’horizon, au loin. Peu à peu, les corps et les objets perdent toute substance ; ils se confondent l’un avec l’autre, se fondent l’un dans l’autre. Le rêveur apparaît enfin, immense. Assoupi, il tente de saisir l’objet de son désir. Mais celui-ci se dérobe à chaque fois. Alors, on, il, vous, nous (quelle différence ?)…étreignons les draps. Surtout ne pas se réveiller, continuer à se noyer, à flotter en rêve. Rapidement, il devient impossible de dissocier les mots des dessins. Ils forment un tout, et on a peine à imaginer qu’ils puissent avoir existé l’un sans l’autre. Mais déjà l’obscurité envahit cette vision idyllique. Le noir s’insinue partout, jusque dans les couleurs les plus éclatantes. Il faut lutter et se rappeler la consistance de l’être adoré. Les choses s’étiolent, se dressent à nouveau, composant d’autres objets, d’autres souvenirs, d’autres lieux. Le soleil se lève…et elle, la femme, semble si proche, presque à portée de bras, pourtant insaisissable. Le film s’achève, le spectateur se réveille ; c’en est presque douloureux. Alors, vite, vite, se rendormir pour exister. Replay…

6-poeme-video

J’ai tant rêvé de toi, sous ses allures de conte onirique, est un concentré de créativité et d’imagination. Il parvient à donner corps à un songe et à nous emporter dans ses méandres. Expérimenter un rêve éveillé, voilà sans doute le défi lancé par Emma Vakarelova, qu’elle remporte haut-la-main. On se plonge avec délectation dans ce court-métrage d’animation, enivré et apaisé à la fois par le bruit de l’océan et par cette voix qui susurre à notre oreille l’histoire d’une rencontre impossible, d’une fusion contrariée, d’un désir inassouvi. Porté par une musique jazzy, aux notes mélancoliques, J’ai tant rêvé de toi n’est ni un poème ni un film. Il se hisse vers des sommets que l’on souhaiterait voir explorer plus souvent : celui d’une œuvre totale, mettant en exergue tous nos sens. Tout ça en 3 minutes seulement !

Pour en savoir plus sur la réalisatrice :

http://www.emmavakarelova.com/

 

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m’est chère?

 

J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales

 

J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps
Sans doute que je m’éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l’amour et toi, la seule
qui compte aujourd’hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu

 

J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu’il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu’a être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l’ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie

533193995

Lenny Pen

Laissez un message

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *