DU COURT : EN ATTENDANT LONGWOOD…

Il y a les petites histoires, que l’on se raconte au coin du feu – ou sous le sapin, Noël oblige – et il y a la grande Histoire, celle qui avance, toujours, érigeant ou brisant les plus grands empires ; dit plus simplement, on oppose l’anecdotique au fameux. Mais il arrive parfois que les deux se combinent à merveille. En attendant Longwood est de ce bois-là, nous offrant les états d’âmes d’un homme aux abois, condamné ; un homme pragmatique mais qui, pourtant, s’accroche à un espoir aussi vain qu’inutile. Cet homme, c’est Napoléon Bonaparte.

lien disponible jusqu’au 31 janvier

 

18 juin 1815, la France perd la bataille de Waterloo. Les pays coalisés contre les idées de la révolution de 1789 ont eu raison de la liberté, et de l’empereur des français par la même occasion. En attendant Longwood relate les deux jours pendant lesquels Bonaparte a vacillé, hésité et s’est finalement résigné à l’abdication. Thomas Griffet, jeune réalisateur lorrain, nous offre ici une fable historique, dont le dénouement surprend. Le court-métrage s’ouvre sur un générique à l’ancienne, sur fond noir. Le titre du film, ainsi que les noms du producteur, du compositeur…se déploient sous nos yeux, dans une écriture faussement manuscrite. Hommage ou non, le style rappelle immanquablement l’époque où le cinéma faisait la part belle aux grandes fresques historiques.

Napoléon s’est réfugié dans une vieille bâtisse, quelque part dans la campagne française. L’homme est comme le décrivent les historiens : impétueux, orgueilleux, prompt à entrer dans des fureurs noires. Son aide de camp, Gourgaud, en est la malheureuse victime, essuyant les tempêtes d’un homme qu’il admire et qui n’est déjà plus rien. « Le peuple a toujours besoin de moi » scande-t-il. Tout est perdu pour lui, il le sait. Mais comment se résigner à l’exil quand on fut le maître de l’Europe ? Seule Pauline – ou Paoletta comme il l’appelle tendrement – parvient à calmer le lion en cage. Dans l’austère et obscure bâtisse, les heures passent lentement. La tension est très bien retranscrite dans ce huis-clos, où les rares sources de lumières – fenêtres étroites, bougies – ne font que souligner des visages marqués par la fatigue. La mise en scène est sans fioriture aucune, et la caméra statique. La mise en scène oscille sans cesse entre cinéma et pièce de théâtre. Les trois protagonistes prennent le temps de s’installer, de se confier… Ils sont comme sur une scène, déchirés entre leur désir personnel et leur devoir ; devoir de dire la vérité, de convaincre, de sacrifier sa fierté, sa liberté pour le bien des autres. Et nous, spectateurs impuissants, les regardons se débattre avec eux-mêmes. On étouffe avec eux, entre ces murs suintant l’humidité. On sent qu’il existe une cause plus profonde qu’une « simple abdication ». Quelque chose se terre sous les beaux discours : un non-dit, un secret de polichinelle. Mais comme l’a dit Talleyrand, le principal ministre de Napoléon : « on ne lutte pas contre un torrent qu’il faut laisser passer ». Enfin, il abdique dans un dernier ( ?) moment de lucidité. Pauline est incapable de réprimer un cri de joie, primaire, et annonce la nouvelle à qui veut bien l’entendre. Il n’a plus le choix, ne l’a jamais eu. Il doit se résigner face à la défaite…face à la maladie. Mais paradoxalement, ce renoncement de Bonaparte les libère, lui et ses proches. Le spectateur, tout comme les protagonistes, respire enfin. Conséquence : la réalisation s’allège, la lumière du jour chasse l’obscurité. La caméra elle-même se met en mouvement, embrasse le monde environnant tandis qu’une musique tragico-majestueuse nous porte vers le dénouement. Napoléon fait ses adieux à ses derniers partisans, au grand jour. Il monte dans son « carrosse »…sous les yeux d’un vieil homme assis sur son tracteur. Il fait ces adieux au monde, à sa liberté. Il y 200 ans, pratiquement jour pour jour, Napoléon était contraint à l’exil sur l’île de Saint-Hélène. Aujourd’hui, ils sont encore nombreux les « Bonaparte » à n’être que l’ombre de ce qu’ils furent.

 

Photos de tournage, En Attendant Longwood, un film de Thomas Griffet.

En attendant Longwood est donc simple mais touchant, traitant avec justesse un sujet sensible. Le drame intime, qui se déploie sous nos yeux, a peut-être pour toile de fond la grande Histoire, mais elle s’efface rapidement au profit d’un conte humain, à la saveur douce-amère. La prestation sans fausse note d’Antoine Coesens fait beaucoup, hissant ce court-métrage au rang de belle découverte, réalisé par un lorrain de surcroit. Seul petit bémol : le générique de fin peut paraître incongru, avec ces personnages un peu fous. Mais après tout, c’est le cœur de l’intrigue.

 

En savoir plus sur le réalisateur :

https://thomasgriffet.wordpress.com/

Lenny Pen

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