GERARDMER 2017 : Split


split

Unbreakable Kevin Wendell Crumb

Depuis The Visit, M. Night Shyamalan s’est acoquiné avec Jason Blum. Une aventure qui lui réussit, puisqu’après une décennie entière passée à réaliser des films de moins en moins excitants et réussis, le réalisateur a su redonner ses lettres de noblesse à sa carrière avec son précédent film. L’aventure continue donc avec Split qui se révèle, au fur et à mesure de l’intrigue, l’un des projets les plus ambitieux de sa filmographie.

Ecrit et réalisé par Shyamalan, qui avait exprimé il y a deux ans le souhait de ne plus travailler qu’avec des petits budgets, et de manière totalement indépendante, Split est un film qui repose essentiellement sur son scénario, riche en twists, à l’instar de son Sixième Sens. James McAvoy y interprète Kevin, qui souffre d’un dédoublement de la personnalité ; il a révélé à sa psychiatre, le docteur Fletcher (Betty Buckley), pas moins de vingt-trois personnalités différentes. Poussé par l’une d’entre elles à kidnapper trois adolescentes, Kevin est bientôt en proie à l’émergence d’une vingt-quatrième personnalité, profondément enfouie en lui mais qui est vouée à prendre le pas sur toutes les autres.

La force des grands films de Shyamalan, c’est qu’ils n’entrent jamais dans les cases conventionnelles d’un ou plusieurs genres : Split possède cette caractéristique que le cinéaste semblait avoir perdue après Le Village. Et, de la même manière que le protagoniste glisse d’une personnalité à l’autre, Shyamalan fait se succéder les genres en même temps qu’il passe de séquence en séquence : du thriller au fantastique, en passant par le drame familial (extraordinaires flashbacks qui retracent l’enfance de Casey, l’une des trois adolescentes incarnée par Anna Taylor-Joy, découverte l’année dernière dans The Witch), l’horreur et la science-fiction. Toute la construction du film repose sur cette idée de dédoublement, comme s’il avait été écrit par une personne souffrant elle-même de trouble dissociatif de la personnalité. Mais Shyamalan va encore plus loin, en se jouant complètement de la science, représentée par le personnage du Dr. Fletcher qui est introduit très rapidement dans le film : si elle est si attachante, c’est parce qu’elle est la promesse d’un espoir sans suite. Et à son tour, l’inutilité du savoir scientifique crée de la tension : les séquences où le Dr. Fletcher reçoit Kevin à son bureau reposent plus sur l’attente stressante du surgissement soudain de l’une ou l’autre personnalité que sur ce qu’il est effectivement raconté pendant la séance.

James McAvoy passe d’une personnalité à une autre avec une habileté qui n’appartient qu’à lui, et transforme ce rôle en l’une des meilleures interprétations de sa carrière, pas très loin derrière Filth, où il incarnait déjà avec génie le rôle d’un inspecteur de police aux multiples personnalités. Dans Split, il n’est néanmoins réellement présent que dans la peau de huit des vingt-trois personnalités promises, mais suffisamment éloignées les unes des autres pour rendre le rôle inoubliable : il prête à chacune d’entre elles une posture, une façon de s’exprimer, avec le langage ou le corps, un comportement, qui sont tous différents, de manière à ce que, à l’instar du Dr. Fletcher ou des trois adolescentes, le spectateur sache les reconnaître immédiatement.

La dernière partie du film est peut-être la seule véritable faiblesse du film. Plus brutale, elle est ainsi attendue mais casse inévitablement le rythme que Shyamalan avait instauré tout au long du film… Jusqu’à ce que les toutes dernières secondes révèlent en réalité le plan réellement osé du cinéaste.

***ALERTE SPOILER***

Lorsque la fameuse vingt-quatrième personnalité, la Bête, prend effectivement le dessus sur les autres, Split bascule complètement dans le film fantastique, dans un univers où les créatures surhumaines ont leur place. Le clin d’œil que Shyamalan fait dans les dernières secondes du film, donc, n’est pas seulement un caméo qui prête à faire rire : dans un café, les clients regardent le bulletin d’informations qui relate les événements surnaturels de la veille, quand une femme dit à son voisin que cela lui rappelle ceux qui se sont déroulés quinze ans plus tôt. Son voisin n’est autre que David Dunn, le super-héros qu’incarnait Bruce Willis dans Incassable, le film auquel il est directement fait référence dans cette scène. Le pari de Shyamalan est très osé : sortir un film qui a tout d’un film fantastique indépendant en apparence et qui se révèle, dans ses dernières secondes, faire partie d’un univers préexistant et, par là même, annoncer une saga. Une première saga de super-héros indépendante – si l’on exclut les quatre Toxic Avenger, pastiches géniaux signés Troma – qui se fera sans peine une jolie place entre les mastodontes uniformisés Marvel et DC. Vous pourrez toujours attendre en trépignant l’éminente rencontre de tous les castings Marvel dans le dernier Avengers, le seul affrontement excitant qui se passera sous l’œil de Samuel L. Jackson ces prochaines années sera l’incassable Bruce Willis contre la bête James McAvoy. Longue vie à M. Night Shyamalan.

Valentin Maniglia

Valentin M.
Valentin M. Cinéphage, étudiant en cinéma et grand passionné de James Bond, du cinéma populaire, bis et gore européen, et de comédies musicales et romantiques mièvres.

Laissez un message

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *