GERARDMER 2017 : Rupture

Rupture

Arnac’ Attack ?

Dix ans après Fur, Steven Shainberg fait son retour sur les écrans. Le réalisateur de La secrétaire s’est fait remarquer au milieu des années 2000 avec un univers cinématographique riche et original, proche de celui de Paul Thomas Anderson. Et puis, plus rien. Et c’est très discrètement qu’il fait son retour cette année avec Rupture, second film en compétition à ce vingt-quatrième festival de Gérardmer, thriller horrifique qu’il coécrit avec Brian Nelson, scénariste des excellents 30 jours de nuit et Hard Candy. De quoi exciter plus d’un cinéphile, si l’on ajoute à cela un casting composé de Noomi Rapace, Peter Stormare et Michael Chiklis. L’héroïne de Millenium y campe le rôle de Renee, mère de famille divorcée enlevée par une organisation secrète. Enfermée dans une cellule et clouée à un lit d’hôpital, ses ravisseurs réalisent sur elle des expériences fondées sur ses propres phobies.

L’intrigant quatrième long métrage de Steven Shainberg captive l’œil. Le film profite largement du travail sur la lumière et les couleurs signé Karim Hussain, le directeur de la photographie le plus talentueux de sa génération dans le domaine de l’horreur. L’utilisation sublime du rouge, du bleu et du vert, les trois couleurs primaires en lumière, crée une atmosphère des plus oppressantes et angoissantes. Et si la mise en scène est très belle, elle explose réellement à plusieurs reprises en grande partie grâce au travail d’Hussain.

C’est finalement dans le scénario, pourtant très prometteur, que l’on trouvera les faiblesses majeures de Rupture. Brian Nelson jongle avec certaines idées de Hard Candy et d’autres qui rappellent le Martyrs de Pascal Laugier (2008), mais fait rapidement passer sa géniale idée de départ au second plan pour se focaliser sur sa protagoniste ; ainsi, le concept même des phobies n’excède pas quatre séquences sur tout le film, dont deux seulement sont dédiées au personnage de Renee. La plus impressionnante dans sa mise en scène montre la protagoniste tenter d’échapper à ses ravisseurs par le conduit d’aération, et assiste à travers chaque grille au spectacle terrifiant d’un(e) patient(e) se retrouvant confronté à l’une de ses peurs : avec son personnage impuissant, sa caméra voyeuriste, avide de brutalité et ses jeux de couleurs délicieusement outranciers, cette séquence a quelque chose du cinéma de Brian De Palma. Mais des séquences percutantes comme celles-ci n’arrêtent pas les éprouvantes difficultés du scénario, qui passent également par les motivations des antagonistes, les dialogues – et bien souvent, le jeu des acteurs est mis à mal par la pauvreté des dialogues – et, surtout, par une fin interminable. La tension accumulée pendant plus d’une heure passée en huis clos avec Renee se solde par un puissant climax durant lequel on retient son souffle, puis, là où le film aurait dû s’arrêter – ce qui aurait considérablement augmenté son effet sur le spectateur –, il reprend par une longue, très longue séquence finale de dix minutes qui n’apporte plus aucune révélation, plus aucune surprise, juste assez de temps pour souffler et trouver le temps long. En espérant qu’il ne faille pas attendre encore dix ans avant de voir Steven Shainberg revenir aux manettes d’un long métrage moins ambitieux et plus abouti que celui-ci…

Valentin Maniglia

Valentin M.
Valentin M. Cinéphage, étudiant en cinéma et grand passionné de James Bond, du cinéma populaire, bis et gore européen, et de comédies musicales et romantiques mièvres.

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