INTERVIEW : Dash Shaw


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Portrait de Dash Shaw © Chaos Reign

A l’occasion de la sortie en DVD et Blu-Ray de son premier film My Entire High School Sinking Into the Sea, nous avons interrogé le dessinateur et auteur de romans graphiques américain Dash Shaw (Bottomless Belly Button, Bodyworld, Cosplayer).

INTERVIEW 

My Entire High School est un audacieux récit adolescent avec des épisodes apocalyptiques à la saveur pop et dont le personnage principal porte ton nom. Pourquoi as-tu souhaité raconter cette histoire avec de l’animation et non pas ton medium traditionnel du roman ?

J’ai toujours adoré les films d’animation «limités », par là je veux dire : à petit budget, ou avec une animation qui réduit le nombre de dessins utilisés. Beaucoup d’entre eux sont inspirés de comics comme la première série tv des Astro Boys ou Speed Racer ou encore Johnny Quest. J’ai toujours trouvé qu’il y avait quelque chose de beau et de poétique dans ce langage. Pour moi, cela se rapprochait du cinéma indé dans le fait de « créer beaucoup avec peu ». Comment de petits gestes peuvent être immenses et plein de sens. On n’aurait pas envie que Godard ait le budget de Michael Bay. Ses films sont plus puissants grâce à et non à cause de leur moyens limités. Il peut filmer une personne dansant dans une pièce et cela a le pouvoir existentiel de 2001, L’Odyssée de l’Espace. Quand l’animation petit budget est puissante, c’est l’effet que cela me fait. Cela a une énergie, une gravité authentique spécifique. Je me suis dit que je pouvais utiliser les outils dont je disposais, un scanner etc. et fabriquer un film d’animation artisanal pour traduire les choses que j’ai faites en roman graphique dans un autre medium et que le tout serait excitant. L’histoire de High School Sinking, basée sur une nouvelle comique, semblait être la plus faisable, par là je veux dire que l’histoire était claire, elle pouvait restait drôle même si je n’obtenais pas de bons acteurs et elle pouvait porter tout ce que je pensais, à ce moment là, pouvoir faire en termes d’animation par mes moyens limités.

My Entire Highschool dvd

© Blaq Out

Tu as écrit, dessiné et réalisé le film, quels partenaires furent essentiels pour mener à bien le projet ?

Ma partenaire centrale est Jane Samborski, l’animatrice principale du film. Elle a réalisé beaucoup des dessins. Nous sommes mariés et vivons ensemble et elle a été formée à l’animation. Toute la « belle » animation vient d’elle, toute l’animation « mauvaise » c’est de moi. D’autres artistes, comme Andrew Lorenzi, Laura Knetzger, Curtis Godino et Frank Santoro, pour ne pas en citer d’autres, sont des personnes que je connais du milieu alternative de la bd et qui sont intervenus sur quelques scènes.

Peux tu nous parler de la nature composite de l’esthétique du film ? Elle contient clairement une dimension métafictionnelle, attirant l’attention sur l’acte de création.

Je vois ce que tu veux dire. Tu penses au fait qu’on te rappelle constamment que c’est du faux, un dessin. C’est quelque chose que tu aimes ou pas. Personnellement, j’aime le fait que ça ait l’air d’une sorte de dessin fou en vie. Il y a une charge optique créée par les lignes qui vacillent et les couleurs hors registre. J’aime les films qui donnent l’impression d’un trip de drogues. Mais cela renforce aussi le point de vue du personnage. Il s’agit de montrer que tout est filtré par la perspective entourante du personnage principal. 

Tu étais comment au lycée, tu avais un fantasme cathartique d’inonder ton école, un peu comme Donnie Darko ?

Au lycée, j’étais avant tout focalisé sur l’objectif de devenir un bon dessinateur. Je pensais aux bds tout le temps. Le seul élément autobiographique dans HSS réside dans le fait que pendant que le désastre se déroule, les élèves restent à parler de livres et d’écriture. Cela résume probablement mon expérience scolaire. Je ne me souviens du nom d’aucun prof ni rien du tout…Je ne pensais qu’à dessiner. Le film Titanic est sorti quand j’étais ado. C’est une référence directe dans le film. Je ne me souviens pas de cette dimension dans Donnie Darko.

Le choix des acteurs pour les voix est vraiment enthousiasmant : Schwartzman, Dunham…avant même d’avoir vu le film, on pouvait s’imaginer le registre mordant-tendre et surtout direct qui allait être utilisé dans le film. La série Girls et les films de Wes Anderson, dans lesquels apparaît souvent Jason Schwartzmann, sont-ils des références pour toi ?

80% du film était dessiné avant qu’on sache qui ferait les voix. Je ne m’attendais pas à avoir un casting de qualité. Je pensais que j’aurais juste des amateurs, tout comme les épisodes spéciaux de Charlie Brown avaient souvent beaucoup de voix d’amateurs. En plus, High School a été écrit en 2010 avant que Girls ne sorte. J’avais surtout en tête des dessins animés que j’aimais en tant qu’ado, des films qui contenaient beaucoup d’écoles en danger. Comme par exemple, la série animée des Devilman qui était une influence direct ou encore le manga L’école emportée (Drifting Classroom) au sujet d’une école qui dérive à travers une porte vers une autre dimension où elle est attaquée par des monstres. Même les films d’animation pour adultes comme Urotsukidoji parlent d’écoles en danger. Et je trouvais qu’il fallait qu’il y ait une sensibilité sarcastique d’ado peut être plus proche de celle de la bd alternative Eightball. J’étais surpris, une fois le projet fini, qu’il ressemble à un film de Wes Anderson du fait de l’humour brute, mais j’adore ce qu’il fait, surtout le Grand Budapest Hotel. Pendant que je travaillais sur le film, je me disais que peut-être cela allait ressembler aux premiers films de Tim Burton avec sa fantaisie sombre et les personnages de jeunes. En tout cas, je suis content de ces deux comparaisons. Je suis par dessus tout content que cela ressemble à un « vrai film » (NDLR. Laughs). De toute évidence, j’ai eu beaucoup de chance d’avoir un casting si prestigieux impliqué. Je n’avais jamais vraiment travaillé avec des acteurs avant.

L'école emportée - Umezu Kazuo © Glénat Ed.

L’école emportée – Umezu Kazuo © Glénat Ed.

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Devilman © Go Nagai

Il n’y a pas tant de films d’animations qui obtiennent une attention internationale, on a déjà parlé de ceux de Wes Anderson et je pense personnellement à Persepolis et Waltz with Bashir qui ont vraiment laisser une trace par exemple. Peux-tu nous parler d’un de tes films d’animation préférés ?

Oui, avec grand plaisir. Asparagus (1978) de Suzan Pitt est l’un des plus grands films jamais réalisés. Si beau et surréaliste et il semble de plus en plus à chaque année qui passe. On dirait la personnalité, les rêves d’une personne capturés à l’écran. Je l’ai regardé un grand nombre de fois. Je me dois aussi de mentionner le travail de Ralph Bakshi qui est une source d’inspiration évidente pour moi.

Pour finir, est-ce que cette expérience à fait naitre un désir de continuer à réaliser des films ? Qu’est-ce qui attend Dash Shaw maintenant ?

Mon prochain film s’intitule « Cryptozoo ». Il parle d’un zoo qui sauve et abrite des creatures mythologique. Je suis en plein travail dessus. Voici une image qui en est extraite :

Cryptozoo_sample_image © Dash Shaw

© Dash Shaw

My Entire High School Sinking Into The Sea sortira en DVD et BluRay dans vos bacs le 21 juin 2018.

Remerciements : à Dash Shaw pour sa disponibilité et à Mathieu Col de Blaq Out pour avoir rendu possible cet échange épistolaire numérique.

Charlotte W.
Charlotte est la créatrice du site et sa rédactrice en chef. Doctorante en cinéma et civilisation américaine, elle s’intéresse particulièrement à l’esthétique et aux modes de production, de distribution et de réception du cinéma américain indie de la Génération X http://idea-udl.org/members/wensierski/

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