RÉÉDITIONS : Bo Widerberg


AMOUR 65 1 © Malavida

AMOUR 65 1 © Malavida

L’inspiré distributeur et éditeur Malavida nous offre depuis quelque temps déjà la belle opportunité de découvrir ou de redécouvrir le fascinant travail du trop méconnu cinéaste suédois Bo Widerberg, sur grand écran et en Dvds.

Le Quartier du Corbeau (élu en 1995 meilleur film de l’histoire du cinéma suédois) et Amour 65 (inédit sur les écrans français) sortent ce mercredi 25 mars dans nos salles. Ils succèdent à Adalen 31, Le Péché Suédois et Un Flic sur le Toit déjà réédités par Malavida. Le très attendu Joe Hill, une œuvre américaine mieux connue du cinéaste est en cours de restauration et devrait être présentée au cours du second semestre 2015.

Le Quartier du Corbeau

Le cinéma de Bo Widerberg se nourrit des influences de mouvements étrangers comme la Nouvelle Vague ou le Néo-Réalisme tout en assertant une sensibilité toute propre à son auteur.

Le Quartier du Corbeau (1963) retrace les difficultés d’un aspirant écrivant face au morne horizon d’une banlieue de la classe ouvrière. L’âpreté du propos et de la mise en scène cite à la fois le minimalisme observateur de Vittorio de Sica, les expérimentations de Truffaut ou Godard  et les ressorts expressionnistes élégants anxiogènes d’Orson Welles. La veine subversive du film se manifeste en divers endroits: à travers l’évocation de faits politiques  et historiques – l’année de diégèse du film est 1936 au moment d’élections profilant l’hégémonie du partie social-démocrate – et à travers la critique de déterminisme social qui transpire des frustrations d’Anders et sont résumés dans son constat « Lorsqu’on crie trop fort, on ne nous entend pas. » La gamme de noirs et blancs incroyablement exploitée par Widerberg, à la fois pour souligner la dimension claustro-phobique de l’unité de lieu mais aussi poétiser la sensibilité du personnage, est illuminée par l’excellent travail de réhabilitation de Malavida.

Dans Amour 65 (1965) , la photographie est également à tomber par terre et on s’interroge, en tant qu’êtres sujets aux moments épiphaniques cinéphiliaques, sur l’injustice d’avoir dû attendre si longtemps pour découvrir  certaines séquences qui devraient intégrer les annales du 7e Art.

AMOUR 65 3 © Malavida

AMOUR 65 3 © Malavida

AMOUR 65 4 © Malavida

AMOUR 65 4 © Malavida

Le 3e film de Bo Widerberg, que l’on rapprocherait plus volontiers de la sensibilité de l’outsider du Nouvel Hollywood John Cassavetes, dessine avec une immense maîtrise des possibilités sensorielles et sensuelles du cinéma le portrait d’un cinéaste aux prises avec ses attaches sentimentales pendant le tournage d’un film. On reconnaît aussi des accents bergmaniens dans le traitement psychologique des personnages et le focus sur les mécanismes comportementaux de Keve et de ses proches, comme sa femme, son amante, son acteur principal et les visiteurs qui le rejoignent dans sa villa bordant la mer.

Bo Widerberg est un grand cinéaste dont l’œuvre mérite d’être parcourue avec attention et délectation. Par chance, cela est désormais possible.

Le Quartier du Corbeau et Amour 65, sortie nationale dans les salles le mercredi 25 mars 2015.

Charlotte Wensierski

Charlotte W.
Charlotte est la créatrice du site et sa rédactrice en chef. Doctorante en cinéma et civilisation américaine, elle s’intéresse particulièrement à l’esthétique et aux modes de production, de distribution et de réception du cinéma américain indie de la Génération X http://idea-udl.org/members/wensierski/

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