RENCONTRE : Nathalie Baye, Tom Dercourt et Donato Rotunno


Dans le cadre de l’opération Ciné-Cool, l’actrice Nathalie Baye est venue présenter à Metz son dernier long-métrage, La volante, le 26 août 2015.
Avant sa diffusion au public du Cinéma Palace , nous avons pu la rencontrer, en compagnie des producteurs du film, le français Tom Dercourt (Cinema Defacto) et le luxembourgeois Donato Rotunno (Tarantula Luxembourg).

La Volante (2015), film de Christophe Ali et Nicolas Bonilauri,

Margot : Nathalie Baye, vous êtes de ces actrices dont l’identité incarne énormément de choses pour les spectateurs. Or, dans ce film, vous tordez le cou à ce principe en incarnant une secrétaire qui prend vie à part entière.
Est-ce le fait d’interpréter un personnage qui rentre lui-même dans un personnage qui vous a permis de faire cela de manière si forte ?

Nathalie Baye : Plus je me fonds, plus je disparais derrière un personnage et plus ça m’intéresse. Ce n’est pas toujours facile. Mais le fait de pouvoir disparaître, c’est la chose qui peut me faire le plus plaisir. Je n’essaie pas de me retrouver, je n’essaie pas de jouer tout le temps le même personnage, et de jouer moi qui joue le même personnage. J’estime que ce n’est pas réussi.
Donc ce rôle là, effectivement, est relativement loin de moi ! Mais il se prête à cela aussi il faut croire.

Margot : Tourner le film de manière un peu déracinée entre la Belgique, le Luxembourg et la Lorraine a-t-il impacté le film ?

Tom Dercourt : Initialement, le film était écrit pour être tourné en région parisienne parce que les réalisateurs viennent de là, et que souvent on écrit par rapport à chez soi. Mais c’est vrai que des raisons de production ont fait qu’on est venus en Lorraine, puis est venue la rencontre avec notre producteur luxembourgeois. Cette combinaison a fait que c’était assez organique de partir en Belgique.
Du coup, ça devient très créatif, ce sont des contraintes qui permettent d’imaginer de nouvelles choses, de reconsidérer un peu l’histoire.
Ce n’était pas de toute repos en revanche, étant éclatés sur trois pays. Et pourtant l’histoire ne se passe que dans une ville et à la campagne ! J’espère que ça ne se sent pas pour le spectateur en tout cas. J’ai l’impression qu’il y a une unité de style.

NB : En définitive, à Metz, on a tourné les séquences de l’hôpital (Sainte-Blandine, NDR), de la librairie (Géronimo, NDR), de l’Hôtel de Ville et de l’accident.
Pour moi, c’est vrai que c’est toujours plus confortable de tourner dans la même région ou le même endroit. Mais ça peut vite devenir un peu emmerdant ! Et de bouger, ça réveille.

TD : Mais pour revenir à votre question, il y a un élément très important là-dedans, c’est la combinaison humaine de l’équipe, technique et artistique. Le chef décorateur est belge, le chef son est luxembourgeois et le chef opérateur est français. Et à un moment, on fait tous le même film.
On a tous des cultures différentes, même si on est tous francophones. Du coup on a une façon d’aborder le cinéma différente, certaines habitudes différentes, le stylisme n’est pas le même. Et l’originalité se trouve là.

Donato Rotunno : C’est très surprenant parce que ça fait plus de vingt ans qu’on fait des coproductions avec la France et d’autres pays à partir du Luxembourg. C’est un problème que nous n’avons pas évidemment, parce qu’on vit de la production en coproduction. On utilise le mélange des équipes en permanence, on est obligés d’être en coproduction.
Pour nous, travailler avec quatre langues différentes sur un plateau, c’est normal. Bouger en dehors de nos frontières, vu la taille de notre pays, c’est normal. L’habitude de travail française, allemande ou anglophone est totalement intégrée dans les habitudes luxembourgeoises.
Donc, c’est plus compliqué pour des grands pays qui ont une vraie histoire du Cinéma, comme l’Allemagne, la France ou l’Italie, de s’adapter à l’autre que pour nous. Et c’est la même chose en Belgique, parce que le fait de brasser énormément de coproductions fait que « produire c’est coproduire ». Nous nous sentons très à l’aise là-dedans.
Après l’acceptation du projet, l’histoire qui était intéressante et la proposition thématique, est venue la rencontre avec les réalisateurs. Une des premières questions que j’ai posées à Thomas était :
« Les réalisateurs sont-ils d’accord pour venir tourner en dehors de leur fief ? Est-ce qu’ils veulent, est-ce qu’ils acceptent de bouger et de sortir des frontières, de venir à Luxembourg ? »
Ca fait peur ! Et après, évidemment, on désamorce avec des propositions humaines, des équipes qu’on peut proposer, ainsi que la proposition artistique, autour des décors notamment.
Et si on a la chance d’avoir un puzzle qui fonctionne, moi je reste en retrait, j’apporte mes réponses aux demandes artistiques et je laisse les réalisateurs travailler.
Je suis avec un producteur qui a porté le projet bien avant moi et qui a ce poids sur les épaules pour le soutenir. J’attends ces moments et je suis heureux de pouvoir les accompagner. C’est mon rôle.

NB : Quand on tourne à Paris, le soir, dans l’équipe, chacun retourne chez soi. Ça ne crée pas forcément le noyau. Tandis que quand on tourne en extérieur, loin de là où l’on habite, on est plus ensemble. On dîne ensemble le soir, on est tous à l’hôtel, on est là que pour le film.

Margot : Je trouve que c’est quelque chose qui se ressent dans le film, dans son côté un peu « déraciné ». C’est cohérent, mais on ne sait pas tout à fait où ça se situe.

TD : C’est aussi parce qu’il y a ce mystère, cette ellipse dans le film. Du coup, il y a des interrogations de lieux. On ne précise pas véritablement les choses, c’est volontaire. Donc il y a un espace qui peut être oppressant, et cette oppression fait partie du projet.

Entretien : Margot Spindler et Aurélien Zann
Remerciements : Dimitri Fayette et Michel Humbert des cinémas Caméo Ariel et Palace de Metz, Charlotte Wensierski et Sylvain Drui.

Retrouvez également sur notre site l’interview filmée des réalisateurs Christophe Ali et Nicolas Bonilauri.

Aurélien ZANN

Aurélien Zann
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