RENCONTRE : Pascal Thiébaux pour Quenottes


Visuel du court-métrage Quenottes de Pascal Thiébaux (2016) Production ZEILT, WATT Frame et AS&M

Aujourd’hui a lieu la projection des 5 courts métrages français présentés en compétition officielle de la 23ème édition du Festival International du Film Fantastique de GérardmerNous avons pu rencontrer le réalisateur de l’un d’entre eux, Pascal Thiébaux, pour son film Quenottes.
D’une durée de 12 minutes, ce court-métrage fantastique met en scène une petite souris, psychopathe obsessionnelle obnubilée par sa collection de trophées dentaires, prête à tout pour remplacer une dent perdue.

Le réalisateur Pascal Thiébaux sur le tournage de Quenottes

Aurélien : Bonjour Pascal, ton court-métrage Quenottes va être présenté en compétition officielle au festival de Gérardmer. Comment te sens-tu juste avant la première présentation publique de ton film ?

Pascal Thiébaux : Forcément un peu stressé car c’est la première sélection du film. Une sélection d’autant plus importante parce que c’est à Gérardmer ! On en parlait pendant le tournage du film, on avait l’impression qu’il était fait pour ce genre de festival de film fantastique. On espérait cette sélection.
J’ai vraiment hâte de voir la réaction du public, parce qu’il n’a jamais été montré, à part à l’équipe du film. Les festivaliers de Gérardmer sont des passionnés de fantastique, ils vont donc forcément avoir un oeil critique sur ce genre de film.

Matthieu Clément-Lescop dans Quenottes de Pascal Thiébaux (2016)

A : Après le Père-Noël dans ton court-métrage Le Trophée, tu t’intéresses cette fois-ci à la petite souris. Pourquoi cet attachement à des personnages légendaires liés à notre enfance ?

P : J’ai du être traumatisé étant enfant par toutes ces bestioles là ! Mais c’est vraiment une coïncidence en fait, je venais de finir Le trophée, en 2006, et un ami m’a présenté un jeune écrivain belge, Christian Simon, qui venait d’écrire une nouvelle d’horreur : Un, Deux, ne ferme pas les yeux… Dans celle-ci, une petite souris diabolique arrachait les dents d’un enfant à vif la nuit parce qu’il n’avait pas été sage avec sa petite sœur dans la journée.
Je lui ai donc proposé d’essayer d’adapter son histoire en court-métrage. On a écrit rapidement un scénario très fidèle à sa nouvelle, mais ça n’a plus à personne, parce qu’il y avait beaucoup trop de méchants, des robots, des serpents, etc. La souris n’apparaissait que très peu, alors que c’est elle qui m’intéressait surtout. Au fur et à mesure des versions, je me suis recentré sur son personnage, et là les gens ont commencé à trouver cela intéressant.

Lionel Abelanski dans Quenottes de Pascal Thiébaux (2016)

A : C’est la comédienne Frédérique Bel qui prête sa voix à la petite souris. Elle avait déjà doublé le personnage de Barbie, dans le film d’animation Toy Story 3. Comment la rencontre s’est faite avec elle, et le comédien Lionel Abelanski ?

P : Quand mon projet a commencé à intéresser des sociétés de production, notamment Affreux, Sales & Méchants (AS&M), ils m’ont demandé un Dream Cast, une liste de 10 acteurs que je verrais bien dans le rôle principal. Même si Lionel n’a pas été mon premier choix, il avait quelque chose de fragile qui pouvait correspondre à mon personnage. Les producteurs d’AS&M avaient déjà travaillé avec Lionel, et lui ont proposé mon projet. Quand je l’ai rencontré, il m’a dit qu’il avait adoré l’histoire, et surtout le challenge que cela représentait pour lui. C’est un acteur de comédie, et là il se retrouvait confronté à des effets spéciaux et de l’action. Ca l’a vraiment attiré.
Quant à Frédérique Bel, c’est une amie de Lionel, et elle a accepté de la faire avec lui, tout simplement. C’est également le producteur Vladimir Feral d’AS&M qui m’a proposé le choix de Frédérique Bel, avec sa voix un peu décalée, et j’ai trouvé l’idée judicieuse.

Lionel Abelanski et Matthieu Clément-Lescop dans Quenottes de Pascal Thiébaux (2016)

A : Dans Quenottes, on remarque dans la chambre d’adolescence du père de nombreux posters évoquant le cinéma des années 80 (HighlanderTerminatorPredatoretc). Retrouvait-on les mêmes dans la tienne ?

P : Ce sont mes posters ! La quasi totalité des posters présents dans le décor viennent de ma chambre. On en avait discuté pendant le tournage avec Lionel Abelanski, qui lui avait plutôt des posters de groupes de rock. Du coup, j’en ai mis également un peu, même s’ils sont moins exposés. On retrouve notamment Pink Floyd, Deep Purple. J’ai un peu mélangé les deux univers. Il y a même des photos de Lionel Abelanski jeune, qu’il m’a gentiment prêtées, pour donner un peu de véracité à la séquence.

Matthieu Clément-Lescop sur le tournage de Quenottes de Pascal Thiébaux

A : Qu’est-ce qui a nourri ton imaginaire à la télévision et au cinéma dans tes jeunes années ?

P : C’est très classique ! J’ai été ado dans les années 80, donc c’était les débuts des manges, notamment Goldorak. Le personnage de Gorzinger qu’on voit dans le film est inspiré par cela. Je me suis amusé à reconstruire ce générique de dessin animé qui n’existe pas. J’ai vraiment été marqué par les séries. Je faisais de la bande-dessinée à l’époque, et je mettais en scène L’homme qui valait 3 milliards ! Il y avait aussi l’homme de l’Atlantide.
Quant aux films c’est évidemment La guerre des étoiles. Un film m’a beaucoup marqué quand j’étais enfant, c’est Mondwest de Michael Crichton avec Yul Brenner. Ca m’avait traumatisé, et j’ai été beaucoup inspiré par çà. Le King Kong de 1933 également, que j’ai vu à 6 ans, ou Jason et les Argonautes.

Croquis préparatoire pour Quenottes par Pascal Thiébaux

A : Dans ton parcours professionnel, tu as beaucoup travaillé dans l’animation, tu as été notamment storyboarder. Cela t’a-t-il influencé dans la réalisation du court-métrage Quenottes ?

P : J’en ai non seulement fait un stroryboard sur papier, mais également une animatique 3D. Le film existait donc déjà avant d’être tourné. J’espère pouvoir le mettre en bonus sur le DVD. C’est un procédé qui se fait sur des gros films pour des séquences avec effets spéciaux. Moi, comme j’avais un peu de temps, j’ai fait l’intégralité du film, même les séquences de dialogue. je savais exactement, plan par plan, où j’allais.
C’est un avantage pour moi, mais ça a été une contrainte pour un acteur comme Lionel Abelanski. Parce que lui, quand il arrive sur le plateau, il joue à l’instinct, il a besoin de ressentir la scène. Or moi, j’avais chaque plan et chaque dialogue dans ma tête, donc ça nous a perturbé tous les deux. Mais ce qu’il a apporté au personnage est bien mieux au final que ce que moi j’avais fait dans l’animatique !

Tournage de Quenottes de Pascal Thiébaux

A : Ce film est une coproduction entre trois sociétés : une luxembourgeoises, ZEILT Productions, et deux françaises, WATT Frame et Affreux, Sales et méchants (AS&M). Comment sont-elles intervenues chacune dans ce projet ?

P : La société qui a aidé surtout au financement le film, c’est ZEILT Productions, qui appartient à Laurent Witz, qui est français. Laurent a permis de financer une énorme partie du film grâce au Film Fund Luxembourg, le Fonds National de Soutien à la Production Audiovisuelle. Ensuite on a réussi à avoir La région Lorraine, grâce à WATT Frame, qui appartient également à Laurent Witz, et se trouve à Thionville.
Or ZEILT Productions et WATT Frame, pour qui je travaille depuis longtemps, font uniquement du cinéma d’animation. On n’avait donc pas l’expérience sur un tournage d’un film en décors réels avec des acteurs. AS&M est donc arrivée sur le projet en tant que producteur exécutif, car ils ont une grande expérience des tournages. Ils ont donc ramené les techniciens et les assistants réalisateurs.

Mr Hublot de Laurent Witz, Oscar du meilleur film d'animation en 2013

A : Tu as été directeur artistique, storyboardeur et créateur des décors sur Mr Hublot, le court-métrage de Laurent Witz, qui a obtenu l’Oscar du meilleur court métrage d’animation 2013. Cette récompense prestigieuse a-t-elle bouleversé ton parcours artistique ?

P : Mon parcours à moi, non, ce n’est pas comme si c’était mon film ! C’est le film de Laurent Witz, moi j’ai simplement travaillé dessus. Ca a été une expérience incroyable, évidemment on n’y croyait pas. Pour la petite anecdote, quand on a su qu’on était dans les 50 préselectionnés aux Oscars, on a fait la fête et bu le Champagne. Ensuite, quand on a su qu’on était dans les 5, ça devenait tellement surréaliste qu’on ne l’a même pas fêté ! Donc Laurent Witz est parti deux mois aux Etats-Unis, et quand je l’ai vu recevoir l’Oscar à la télévision, je n’ai pas bien compris ce qui se passait.
Maintenant, les répercussions pour  ont été importantes, mais ça met du temps à venir. C’est vraiment Laurent Witz qui a géré tout ça, mais ça ne lui est pas monté à la tête. Je pense qu’il aurait pu accepter, d’après ce qu’il m’a dit, des propositions très alléchantes. Mais il a voulu rester sur les rails, continuer dans la même lignée, garder la même équipe et qu’on grandisse tous ensemble. Ca a surtout permis de rencontrer des professionnels plus facilement, d’enrichir le carnet d’adresses de Laurent Witz, pour résumer. Il peut joindre les gens plus facilement qu’avant l’Oscar.

La petite souris de Quenottes de Pascal Thiébaux (2016)

A : Question habituelle, as-tu envie de passer au long-métrage ? Si oui, as-tu déjà un projet en tête ?

P : La réponse est oui ! Le court-métrage Quenottes m’a pris quasiment 7 ans, je suis content du film et j’espère qu’il aura une carrière honnête. Je pense que je ne ferai plus de court-métrage, ce sera du long. Alors comment et quoi, sincèrement je ne sais pas encore. Le petit rêve serait d’adapter Quenottes en long-métrage ! Ce serait la cerise sur le gâteau, parce que j’ai beaucoup planché dessus.
D’ailleurs, je voulais te parler de quelqu’un qui m’a beaucoup aidé sur le film, Mickael Coedel. C’est lui qui a supervisé l’animation de la souris. Il est animateur 3D à San Francisco chez ILM Industrial Light & Magic (fondée par George Lucas, ndlr) et a notamment bossé sur Avengers et Star Wars: Episode VII – Le réveil de la Force. En ce moment, il travaille sur Captain America: Civil War. Il nous a aidé à faire Mr Hublot et Quenottes, parce que ça le change des grosses productions. Tout à coup, il se retrouve à avoir plus de pouvoir décisionnel, sur la façon de bouger un personnage par exemple.
Si je te parle de lui, c’est parce qu’on discute tous les deux d’une adaptation de Quenottes en long-métrage. On a tous les deux cette envie là.

Tournage des effets spéciaux de Quenottes de Pascal Thiébaux

A : Pour finir, tu as coréalisé le film avec Gil Pinheiro. Quel a été son rôle sur Quenottes ?

P : Gil a fait une École d’effets spéciaux, il est très jeune. Gil est luxembourgeois, c’est ce qui explique aussi la coproduction franco-luxembourgeoise. En fait, il est intervenu sur le côté technique, sur le tournage. C’est lui qui a supervisé la préparation des effets spéciaux numériques. Quand on a un personnage en 3D à intégrer sur un tournage, il faut  filmer une boule pour avoir les bonnes lumières, et c’est lui qui s’est occupé de cela par exemple.
Moi j’ai écrit l’histoire et fait la mise en scène, et lui il a réalisé le côté technique du film.

A : Merci pour ton temps et bon courage pour la compétition!

P : Merci à toi, à bientôt!

Propos recueillis par Aurélien Zann pour The Bloggers Cinema Club


 

QUENOTTES

Un film de Pascal Thiebaux & Gil Pinheiro (France & Luxembourg)

Compétition courts métrages : QUENOTTES de Pascal Thiebaux & Gil Pinheiro

Avec Lionel Abelanski, Matthieu Clément-Lescop, Frédérique Bel

Pour tout le monde, la Petite Souris est un personnage bienveillant et généreux… Et si ce n’était pas le cas ? Si elle n’était en fait qu’une psychopathe obsessionnelle obnubilée par sa collection de trophées dentaires ? Pour elle, une dent perdue est inacceptable, elle doit impérativement la remplacer. Par tous les moyens.

 

Lire également : FESTIVAL : Gérardmer 2016 – Compétition courts métrages

Aurélien Zann

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