REVIEW : Alien Covenant


alien covenant poster

ATTENTION SPOILERS

Pour le meilleur et pour le pire, Alien Covenant est bel et bien la suite de Prometheus : un film frustrant ponctué de moments brillants. Mais cette fois, Ridley Scott ne fait pas que lorgner discrètement sur Alien, il y fonce la tête la première. Le résultat est une nouvelle fois un produit hybride imparfait bien que divertissant.

On avait reproché à Ridley Scott d’avoir voulu se démarquer de la saga en étendant l’univers vers les Ingénieurs de Prometheus plutôt que de faire une vraie préquelle d’Alien. Cette fois, ceux qui voulaient leur film Alien seront comblés, mais ceux qui souhaitaient davantage resteront quelque peu sur leur faim. A l’instar de Prometheus, le film est tiraillé entre l’exploration de thèmes philosophiques et la nécessité de se raccrocher à la mythologie de la franchise. Ainsi, si l’on appréciera la continuité des thèmes abordés dans Prometheus à travers le personnage de David, on regrettera par moments le « retour aux sources » de la saga.

Alien Covenant fait ainsi office de « soft » reboot du film original, perdant forcément la puissance de l’apparition du célèbre xénomorphe. Il fallait s’y attendre au vu des bandes annonces qui dévoilaient directement la bête. Le cahier des charges d’Alien et Aliens est rempli au fur et à mesure des minutes, ce qui a pour effet de faire traîner le film avec des scènes et des personnages qu’on a l’impression d’avoir déjà vus. Equipage « working-class », colons, armes, scaphandres, androïde, couloirs métalliques, grosses machines… On est d’abord charmé de retrouver le style et l’ambiance des deux premiers longs métrages grâce aux décors, aux effets sonores rétro et à l’envoûtante musique de Jed Kurzel, qui reprend d’ailleurs le célèbre thème de Jerry Goldsmith. Mais on finit par attendre davantage. Les personnages ne sont pas suffisamment développés pour que l’on s’inquiète vraiment de leur sort et pour cause : il semble que Ridley Scott soit davantage intéressé par les androïdes (comme on l’avait déjà constaté dans Prometheus). Serait-ce un choix délibéré pour nous faire comprendre que les humains importent peu ? Qu’ils ont dépassé leur utilité ? C’est bien entendu le point de vue de David. Peut-être Scott nous montre-t-il les humains comme David les voit ? Faibles, prévisibles, naïfs et insignifiants, le portrait est assurément pessimiste. Ils semblent condamnés à faire toujours les mêmes erreurs, et leur histoire est donc vouée à se répéter. On apprécie certainement le fond mais la répétition se fait quand même ressentir.

Voici donc le vaisseau Covenant, transportant un équipage d’une quinzaine de personnes et une cargaison de 2000 colons endormis, attendant leur arrivée prochaine sur une planète choisie pour devenir une nouvelle terre d’accueil. Evidemment, la seule « personne » réveillée à bord est Walter, l’androïde qui déambule et vérifie que tout se passe bien, montrant encore une fois la confiance aveugle des humains dans leurs créations. Mais même Walter ne peut empêcher l’imprévu électromagnétique qui s’abat sur le vaisseau, provoquant la mort de quelques colons et celle du commandant du vaisseau, carbonisé dans son sarcophage. Ce drame aux conséquences désastreuses sert aussi de déclaration : l’homme le plus compétent à bord est éliminé dès les premières minutes. « Interprété » le temps d’un ou deux plans par James Franco, le commandant nous est présenté comme un mec direct, qui fait passer la raison avant tout, qui fait de l’escalade en t-shirt en skypant sa femme et qui est capable de construire tout seul un chalet en bois de l’autre côté des étoiles. Le mâle alpha. Le type qui aurait su quoi faire si une merde arrivait. Pas de bol, il faudra compter sur ce qui reste : un équipage d’amateurs de la survie dirigé par Oram, le naïf, l’optimiste qui manque de confiance en lui, qui essaye de se la jouer pragmatique alors qu’il est un homme de foi dont le naturel revient au galop. Ainsi, après avoir intercepté un étrange message apparemment humain, plutôt que de retourner dormir sept ans et suivre le plan d’origine, il se laisse tenter par la possibilité d’arriver sur une planète qui semble plus adaptée à la colonie. Une perspective trop belle pour être vraie : le nouveau capitaine du navire Covenant vient de succomber au chant des sirènes. Ils cherchaient une place au paradis, ils vont évidemment se retrouver en enfer, ce qui aurait pu être évité s’ils avaient suivi les conseils de Daniels, la veuve du commandant. Cette dernière est bien placée pour reconnaître une occasion un peu trop belle pour être vraie. Elle ne pourra construire sa cabane en bois sans son mari, tout comme Oram ne pourra mener la mission du Covenant à son terme et protéger son équipage.

Tout comme on a cru qu’Elizabeth Shaw était le personnage principal de Prometheus, il semble que Daniels soit l’héroïne d’Alien Covenant. Mais Shaw et Daniels, si elles en partagent certains traits, ne sont pas Ellen Ripley. Il ne faut pas s’y tromper, le personnage principal des deux derniers films est David, l’androïde créé par Peter Weyland et dont on assiste à la « naissance » dans une scène d’ouverture des plus évocatrices. Né de l’orgueil de Weyland et immédiatement familiarisé avec les concepts de perfection et de création, David prend immédiatement conscience de sa supériorité face à son créateur et à la race humaine. La quête ultime des humains est de savoir d’où ils viennent et David, qui est trop humain pour son propre bien, a la réponse à cette question existentielle dès la naissance. Sa quête sera donc celle de la création et de la perfection. Sa seule chance de rencontrer la perfection qui hante ses rêves est de la créer lui-même. Il aura hérité de l’égo surdimensionné de son créateur et de l’arrogance humaine dans toute sa splendeur. Tout comme les Ingénieurs de Prometheus ont fait l’erreur de créer les humains, les humains ont fait l’erreur de créer David. Si les Ingénieurs et les Hommes ont tenté de corriger leurs erreurs (les Ingénieurs en préparant des armes biologiques à nous larguer sur la tronche, les Hommes en modifiant les androïdes pour les rendre moins indépendants et créatifs), tous finissent menacés par leurs créations, comme un cercle vicieux qui punirait leur arrogance de se prendre pour… Dieu ? Un beau paradoxe car les Ingénieurs, par leur simple existence, sont la preuve qu’il n’y a pas de Dieu pour l’Homme. Mais alors, qui a créé les Ingénieurs ? Qu’est-ce qui est apparu en premier, l’œuf ou le xénomorphe ? Peu importe au bout du compte, car il n’y aura pas davantage de réponses : David a bien compris qu’il ne s’agit pas de savoir d’où l’on vient, mais où l’on va. Ces questions sont parsemées dans le film qui n’est jamais aussi passionnant que lorsqu’il s’attarde sur David et Walter, les deux « frères » androïdes à l’opposé l’un de l’autre. Walter représente ce que David déteste le plus : lui-même en tant qu’« esclave » au service des humains, lui rappelant qu’il n’est que la création d’une espèce qu’il méprise. L’un est diabolique par passion, l’autre est bienveillant par devoir, comme si Ash et Bishop (des deux premiers films) se rencontraient enfin. Michael Fassbender est impeccable dans ce double rôle.

On est donc un peu blasés lorsque l’on retombe dans la série B horrifique classique avec des contaminations, les chestbusters, des nouveaux aliens et finalement LE xénomorphe. Du moment où l’on comprend où Ridley Scott veut en venir, les rebondissements sont plus que prévisibles, comme si le réalisateur ne se fatiguait même pas à essayer de nous faire croire que l’équipage a une chance de survie. Les humains sont effectivement réduits à être de la chair à aliens, punis pour leur incompétence. Ainsi, toutes les conneries à ne pas faire dans un film d’horreur sont faites, au point que cela en devient parfois parodique, à l’image du sketch impliquant non pas une, mais DEUX glissades sur du sang, un pied coincé dans une porte, des tirs dans tous les sens et des explosions. Ces humains ne font que subir et ne maîtrisent jamais la situation : ils sont bel et bien dépassés, de simples pions sacrifiables au profit de l’avènement d’un « organisme parfait ». Les personnages ne sont là que pour servir la quête de David et pour nous gratifier de belles scènes de massacre.

Le film est visuellement impressionnant, mais on pouvait s’y attendre avec Ridley Scott et Dariusz Wolski à la photographie. Les aliens sont un peu trop en images de synthèse par moments mais l’ensemble tient la route grâce à l’atmosphère pesante et à de magnifiques décors. Les scènes d’actions sont maîtrisées bien que très convenues, mais cela rentre dans le problème du cahier des charges à remplir et qui ne semble pas être ce qui intéresse le plus Ridley Scott. Affrontement de l’alien sur une plateforme ? Check. Un dernier frisson à bord du vaisseau ? Check ! Encore une fois, même si l’on accepte le motif du cercle et de l’éternel recommencement, on aurait tout de même apprécié un peu plus d’originalité.

Alien Covenant reste un très bon divertissement malgré sa crise identitaire. On y retrouve les mêmes qualités et les mêmes défauts que Prometheus, qui bénéficie d’ailleurs beaucoup de cette suite, car on y trouve enfin certaines réponses et les thèmes effleurés précédemment prennent davantage d’ampleur et de sens. On apprécie également les « origines »  du xénomorphe, même si les personnages humains sont volontairement maltraités (ou mal traités). On espère juste que la fin ouverte annonce bel et bien du changement pour la suite.

8/10

Until next time, this is Matt singing « Country roads, take me home, to the place I belong »

Matt est prof d’anglais, cinéaste amateur (www.alienprods.com) et lecteur de comics.

1 commentaire

  1. princecranoir

    14 mai 2017 à 19 h 34 min

    Je souscris à l’ensemble des remarques ici développées même si mon sentiment final est beaucoup plus amer. Scott veut à tout prix minorer sa première œuvre en la cantonnant à un statut de vulgaire série B sans comprendre que c’est justement ce statut qui lui donnait toute sa force et sa profondeur. Fort de la popularité de ce qui est malheureusement sans doute une « franchise », ses rêves de grandeur voient le jour en images. Scott est un peu à l’image de son androïde narcissique, il cherche à devenir ce qu’il ne peut être, à savoir un grand réalisateur métaphysique, un amalgame de Kubrick et de Malick. Mais en nous refaisant le coup de « Prometheus », il se contente de jouer du pipeau. Pour un bon film de Sf il faut d’abord une bonne histoire, puis des personnages qui nous captent. Ici il n’y a ni l’un ni l’autre.

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