REVIEW : Chala, une enfance cubaine


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Chala, une enfance cubaine

de Ernesto Daranas
Sortie le 23 mars 2016

Chala, jeune cubain de onze ans, peine à l’école. Bagarreur et dispersé, il pose problème. Élevé par sa mère qui se prostitue et boit, il est le pilier de la famille. En dehors des cours, il s’occupe des chiens qui combattent, ce qui lui permet de ramener de l’argent à la maison. En raison de cette situation personnelle compliquée, le corps professoral et administratif de l’école souhaite qu’il soit placé en foyer. Carmela, sa vieille institutrice, s’y oppose. Sur le point de partir à la retraite, elle va tout faire pour sauver Chala du déracinement qui s’annonce.

Chala n’est pas un garçonnet, mais plutôt un petit homme. Vaillant, tendre, parfois colérique, on peut dire qu’il a du tempérament. Pour autant, cela ne l’empêche pas d’avoir un grand cœur. Il faut voir l’attachement qu’il porte à son institutrice, les multiples attentions dont il fait preuve. On admire son courage, sa force. Carmela, quant à elle, est une femme de principe au caractère bien trempé. Elle prend à cœur sa mission auprès des enfants, et joue un rôle protecteur à leur égard. Mère courage, impliquée dans les déboires de chacun, elle se bat pour que ses élèves aient droit à une justice. Entre elle et Yéni, sa petite camarade de classe, Chala est bien entouré. Cette élève modèle, sage et appliquée, dont il est amoureux l’aidera à progresser.

A travers les combats de chiens, les danses traditionnelles, la prostitution et la question centrale de l’éducation, le film brosse un portrait du pays, ni élogieux ni désastreux, plutôt fidèle et rigoureux. En effet, la ville est tellement présente qu’elle constitue presque un des personnages du film. Des images superbes défilent, dont une en particulier que l’on garde en tête : du haut des toits délabrés de Cuba a lieu un lâcher d’oiseaux. On les regarde déployer leurs ailes dans un ciel d’azur pur. Cette proximité rare avec  les éléments, les animaux, l’environnement, n’est possible que dans ces territoires où la nature a pris le dessus.

Comment se construire dans de telles circonstances ? Comment se définir sans modèle ? Comment progresser sans idéal et que désirer sans espoir ?
Le film décrit une enfance qui n’en est pas une. C’est une problématique qui concerne tous les pays en développement dans lesquels de fortes disparités sociales subsistent. Dans ces parties du monde l’innocence ne peut être préservée longtemps car souvent les jeunes sont mis à contribution pour aider leur famille. Des repères chancelants, un cadre mou ou au contraire rigide et pesant, et rien de très sécurisant. Peut être que cette situation bancale les rend plus aptes à jouir de l’instant, ce qui expliquerait qu’on les trouve pleins d’entrain et de vie, joyeux et d’autant plus prompts à aimer. Autre thème fort du film : l’amour. On peut renier la célèbre thèse de Freud selon laquelle tous les enfants sont sexués, le sentiment amoureux, lui, existe à tout âge. Intemporel et pourtant si fragile, extinguible, il s’éteint pour renaitre, ne cesse de se déplacer, de muer, sans jamais nous lasser.

On pense évidemment à Central Do Brasil, film marquant qui relate une histoire d’amour entre une vieille dame, ex-institutrice, et un petit garçon, mais aussi au magnifique Les Cerfs volants de Kaboul, le fabuleux film de Marc Forster sorti en 2007. Pour autant, l’aspect dramatique de cette production n’est pas autant prononcé. En effet, il semble que le réalisateur ait mis la barre très haut au niveau émotionnel et que le rendu ne soit pas à la hauteur de ses prévisions. Moins poignant, moins fort, moins prenant, Chala, une enfance cubaine ne nous touche pas de la même façon. A aucun moment on ne s’apitoie sur son sort, à aucun moment on est émus véritablement, alors que la faiblesse qui fait se rejoindre un jeune enfant et une femme vieillissante est en soi, un véritable tire larme.

Pourquoi ce récit ne nous va-t-il pas droit au cœur ? Parce qu’il s’enlise dans de multiples problématiques à rebondissements. Intriquées, emmêlées, elles forment une vraie toile d’araignée. Ces complications inutiles associées au rythme inégal du film entravent l’expérience du spectateur qui se trouve vite distancié. Se succèdent des actions qui se ressemblent, provoquant l’illusion de la répétition. L’ensemble est brouillon. L’intrigue n’est ni assez claire, ni assez prenante, sans doute parce que l’enjeu manque de gravité. Les prestations des acteurs sonnent parfaitement juste pourtant le film manque de souffle, et surtout de point culminant. On stagne. Les personnages restent les trois quarts du film bloqués dans une impasse et les sentiments du spectateur ne progressent pas, il demeure bloqué dans une inertie sentimentale.

Chala, une enfance cubaine aurait pu être un beau film simple, limpide et efficace. Pour autant, il demeure un film nécessaire, qui puise aussi sa force dans le fait que les évènements récents, dont la fin de l’embargo sur Cuba, vont nécessairement amener le pays à se métamorphoser dans les prochaines années. A terme, pris dans le jeu de la mondialisation, il perdra de son authenticité.

Diane Lombart

Diane Lombart

1 commentaire

  1. ALIF

    28 avril 2016 à 6 h 45 min

    Bonjour,

    Toutes mes félicitations pour ce site. Merci de bien vouloir me tenir informé des nouveaux articles.
    Cordialement

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