REVIEW : La course à la mort de l’an 2050

Disponible en Blu-Ray et DVD à partir du 1er février, La course à la mort de l’an 2050 signe un retour remarqué du chantre de la série B américaine Roger Corman, qui s’attaque au remake de l’un des films les plus cultes de son long catalogue.

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Fury Road to Perdition

Le pilier du bis ricain depuis soixante ans n’a peut-être plus rien réalisé depuis plus d’un quart de siècle, il porte toujours aussi confortablement sa casquette de producteur, celle-là même qui lui a fait se vanter d’avoir « fait cent films à Hollywood et n’avoir jamais perdu un centime », comme il le clamait dans son indispensable autobiographie, publiée en 1990. Et il y a fort à parier qu’aujourd’hui encore, toujours à la tête de sa société New Horizons à 90 ans, le pape de la série B a continué à ne pas perdre de l’argent. En appliquant le mantra qui a toujours été le sien – faire des films profitables avec le moins d’argent possible, et les faire rapidement – c’est tout naturellement que Roger Corman en est aujourd’hui à produire des films de requins géants à tentacules qui font le bonheur de tous ceux qui ont le bon goût de passer leur deuxième partie de soirée devant Syfy. Mais aujourd’hui, c’est différent.

Aujourd’hui, Corman s’est lancé dans le propre remake de l’un de ses films cultes : La course à la mort de l’an 2050 est la version post-an 2000 de La course à la mort de l’an 2000 (1975), co-écrit par le scénariste légendaire de l’écurie Corman Charles Griffith et réalisé par Paul Bartel. L’idée est géniale : transposer la trame, les personnages, la dystopie de l’époque, dans notre futur. L’heureux élu au poste de réalisateur est G.J. Echternkamp, déjà réalisateur du très drôle Virtually Heroes (2013), pour New Horizons. Comme le but est de produire un film vite, pas cher et profitable, La course à la mort de l’an 2050 est peuplé de tous un tas d’inconnus qui ne jouent pas très bien, n’est pas beau à regarder et ses effets spéciaux se classent sur une échelle qui va de « médiocre » à « vous n’avez pas honte ? ». Les points négatifs ne manquent pas, et pourtant le film n’a aucune peine à prouver qu’il est un spectacle particulièrement délectable qui a le bon sens de ne jamais se prendre au sérieux. Et pour cause : quoi de mieux que l’Amérique de 2017 pour raconter l’histoire d’une société futuriste surpeuplée et en pleine dérive, dirigée par un milliardaire qui a les pleins pouvoirs, baignée par la violence, la vulgarité, la médiocrité et l’omniprésence de la télé-réalité ?

S’il faut être le plus honnête possible, il faut mentionner bien sûr que malgré son statut de film culte et visionnaire – ce qu’il est entièrement –, La course à la mort de l’an 2000 est rapidement devenu un film extrêmement daté dans son esthétique et son humour. Et il ne fait aucun doute que c’est ce même sort qui attend sa version 2050, à la différence près que celle-ci porte en elle la conscience de ses auteurs qu’elle est beaucoup plus proche de notre réalité que tout ce que Corman et Bartel ont imaginé il y a quarante ans pour leur futur – notre présent, vous suivez ? C’est bien la raison pour laquelle un tel remake semble être nécessaire aujourd’hui. Les Etats-Unis sont devenus les Corporations Unies d’Amérique, et sont dirigées par un vieux très riche avec des cheveux ridicules, incarné par un amusant Malcolm McDowell. Corman a toujours été une figure de la contre-culture américaine, et la récente course aux élections – et son résultat – a permis à celui qui avait réalisé il y a plusieurs décennies des films à la gloire des Hell’s Angels et du LSD de s’attaquer, avec ses propres – donc menus – moyens, aux dérives de notre monde, toutes extraordinairement incarnées dans la vraie vie par un seul et même homme, le nouveau Président des Etats-Unis.

Les règles de la course sont toujours les mêmes : à bord de leurs bolides customisés, des pilotes s’affrontent en tentant de rallier New York à Los Angeles en un temps record et en tuant un maximum d’innocents piétons. Ils sont cinq : Frankenstein (Manu Bennett), multiple vainqueur de la course, légende vivante et ami personnel du Président ; Minerva (Folake Olowofoyeku), rappeuse/féministe/lesbienne/Black Power, célèbre pour son titre « Drive, Drive, Kill, Kill » ; Jed Perfectus (Burt Grinstead), ennemi juré et bodybuildé de Frankenstein ; Tammy (Anessa Ramsey), terroriste fasciste et fondatrice d’une puissante religion dédiée à Saint Elvis Presley ; et A.B.E., première voiture de course sans pilote et qui carbure à l’orgasme féminin. Bien loin du simple film de genre conventionnel, La course à la mort de l’an 2050 renoue parfaitement avec l’esprit du film d’origine dans son délire cartoonesque et la noirceur de son humour. De fait, on pense souvent à Idiocracy dans la représentation d’un futur qui cautionne la violence sous le prétexte de la sélection naturelle ; une sélection forcée qui se traduit à l’écran notamment par une séquence où les éducateurs d’un centre pour enfants handicapés alignent tous les enfants en fauteuil au milieu de la route en attendant qu’une voiture passe les faucher. L’humour y est beaucoup plus présent que dans la version de 1975 : parfois absurde, parfois très lourd, souvent douteux. Si l’on s’ennuie rapidement devant les gags qui s’amusent de l’homosexualité refoulée du personnage de Jed (de plus en plus lourds à mesure que le film avance), le film se révèle beaucoup plus drôle ailleurs, notamment lorsqu’il aborde les thèmes du racisme et de la religion. La cerise sur le gâteau reste néanmoins la réinvention totale de la carte et du nom des Etats du pays, que l’on découvre tout au long du film : la côte Nord-Est est par exemple rebaptisée Onepercentia, en référence au fameux 1% des puissants qui possèdent la totalité des richesses de la planète ; le Texas devient New Texxaco ; et le carton Washington D.C. est accompagné de la mention « (anciennement Dubai) ».

La course à la mort de l’an 2050 est du pur cinéma bis, bourré d’action, et si celle-ci n’est pas toujours très bien mise en scène malgré une poignée de séquences impressionnantes pour un budget aussi réduit, le film retombe toujours sur ses pattes grâce à une satire sociale complètement déjantée mais malheureusement très juste. Quoi qu’il en soit, cette nouvelle production Corman réussit un très joli coup avec ce remake actualisé, sans doute plus cheap encore que l’original mais remarquablement fidèle dans l’écriture, et s’impose immédiatement comme l’un des meilleurs plaisirs coupables de ces dernières années, indispensable pour se divertir en ces heures sombres. Car si la triste année 2016 a débuté en nous volant notre âme et s’est terminée en détruisant notre dignité, 2017 aura beau être pire ; elle ne nous prendra pas Roger Corman.

Valentin Maniglia

Valentin M.
Valentin M. Cinéphage, étudiant en cinéma et grand passionné de James Bond, du cinéma populaire, bis et gore européen, et de comédies musicales et romantiques mièvres.

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