REVIEW : Dunkerque


Dunkerque poster

Pour son dixième film, Christopher Nolan ne s’est pas reposé sur ses lauriers et confirme encore une fois qu’il est l’un des meilleurs réalisateurs de notre époque et l’un des plus constants en termes de qualité et de diversité. Même si on y retrouve des thèmes chers au réalisateur, pas un de ses films ne ressemble à l’autre (même la trilogie Dark Knight ne tombe jamais dans la redite ou la facilité) et Dunkerque ne fait pas exception : Nolan signe son premier film « de guerre » avec autant de maîtrise que son premier film « dans l’espace ». Que le sujet du film nous intéresse ou non, chez Nolan tout est dans l’exécution et encore une fois, le réalisateur ne déçoit pas.

Comme pour Memento, Le Prestige ou encore Inception, Nolan place le spectateur aux côtés des personnages pour lui faire vivre un peu de leurs tourments. Le film ayant été tourné intégralement en IMAX, l’immersion est d’autant plus puissante lorsque le film est visionné dans ce format. Le premier plan de ce petit groupe de soldats avançant dans une rue déserte nous donne l’impression d’être avec eux, cherchant des vivres sur leur chemin, lisant les tracts envoyés par l’ennemi leur signalant qu’ils sont cernés et que leur seule option est la reddition. Les coups de feu allemands ne tardent pas à se faire entendre, alors que nous suivons un jeune soldat britannique détalant jusqu’à la plage où il rejoint quelques 300 000 hommes en train d’attendre leur tour pour être évacués par bateau et regagner l’Angleterre. Ce jeune soldat, nous ne le quitterons plus, tout comme les autres personnages auprès de qui Nolan nous place. Sur la jetée, en mer et dans les airs, le réalisateur va nous faire vivre leur calvaire minute par minute, créant une tension omniprésente rythmée au son terrifiant des balles et des obus, dont le volume semble volontairement élevé au début du film, à tel point que l’on sursaute à chaque salve, le but étant de nous faire craindre la prochaine attaque, comme si on y était. Si Nolan a pour habitude de nous faire partager l’état psychologique de ses personnages, avec Dunkerque il y ajoute une dimension presque physique car on a l’impression de vivre une expérience viscérale.

L’ennemi n’est jamais visible, si ce n’est les bombardiers anonymes qui tentent de provoquer un maximum de dégâts. Les tireurs allemands ne sont jamais montrés, et les balles peuvent arriver à n’importe quel moment, de n’importe où. Ce n’est souvent que par les regards paniqués des soldats britanniques que nous imaginons le pire venir du hors champ, dont les manifestations permanentes nous font redouter d’assister impuissants à de nouvelles horreurs. Ainsi, le sentiment oppressant d’une mort imminente et inéluctable est ressenti à chaque instant, accentué par une bande son exceptionnelle de Hans Zimmer dont on retrouve évidemment les percussions, mais également les crescendos de sirènes affolantes et surtout, un tic-tac qui se déclenche dès le début et ne semble jamais s’arrêter, une minuterie qui s’apparente à la fois à un compte à rebours funeste et à un contre-la-montre jouant avec nos nerfs.

S’il s’agit d’un film de guerre, Dunkerque n’en est pas moins un film de Christopher Nolan : on y retrouve sa signature, notamment dans la structure narrative manipulant la chronologie et le timing car pourquoi faire simple quand on peut faire beaucoup plus intelligent? Ainsi nous suivons des événements en parallèle mais qui ne se déroulent pas à la même vitesse. On suit les soldats sur la jetée pendant une semaine, des civils anglais traversant la Manche pour rapatrier des soldats pendant une journée et le pilote d’un Spitfire chassant les bombardiers allemands pendant une heure. Réglé au millimètre, le montage permet par la même occasion d’accentuer le suspense, de revoir un événement d’un point de vue différent ou encore de découvrir un personnage sous un autre angle, tout en faisant converger les destins des différents acteurs de cette évacuation.

Peu de paroles sont prononcées et on a parfois l’impression d’être devant un film muet, uniquement porté par le jeu des acteurs on ne peut plus expressifs. Même Tom Hardy, prisonnier de son cockpit et enfoui sous son casque et son masque de pilote, parvient à donner à son personnage de la personnalité, n’ayant souvent que son regard comme mode d’expression. Nolan ne vient pas inutilement étoffer son récit avec des bavardages ou des histoires personnelles pour les personnages. C’est la guerre et le seul mot d’ordre est « survivre ». On n’a pas besoin de savoir d’où ils viennent ni ce qu’ils faisaient avant la guerre. Ce qui ne veut pas dire que les personnages ne sont pas développés ou n’ont pas de personnalité. Ils sont définis par leurs actes au cours des événements de Dunkerque, à l’image du jeune George, quittant l’Angleterre sur un coup de tête pour accompagner son ami et le père de ce dernier à bord d’un petit bateau et secourir les soldats de Dunkerque. Ses motivations ne seront connues qu’au cours d’un très bref échange qui aura pourtant une résonance émotionnelle par la suite. Le film ne dure que 100 minutes et Nolan va donc droit au but que ce soit en termes d’action qu’en termes de sentiments : tout est brut et si la magnifique photographie de Hoyte Van Hoytema et les décors paraissent froids, ils n’enlèvent rien à l’impact émotionnel du film dans ses moments les plus durs et les plus beaux.

Plus qu’un grand spectacle, Dunkerque est une véritable expérience émotionnelle visuelle et sonore que Christopher Nolan, au sommet de son art, a choisi de dépouiller des gimmicks d’un blockbuster traditionnel pour n’en garder que l’essentiel, tout en y insufflant beaucoup d’humanité.

10/10

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Until next time, this is Matt already waiting for Nolan’s next masterpiece.

Matt est prof d’anglais, cinéaste amateur (www.alienprods.com) et lecteur de comics.

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