REVIEW : Five


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Five sorti le 30 mars 2016, réalisé par Igor Gotesman

 

Five c’est cinq potes, amis d’enfance unis comme les doigts de la main, et autant de problématiques croustillantes.
Cela fait trois ans que Samuel fait croire à ses parents qu’il est étudiant en médecine (alors qu’il n’a jamais mis les pieds à la fac) pour que ces derniers le financent dans ses activités les plus diverses et fantaisistes. Vadim et Julia sont en couple depuis plus d’un an mais ne l’ont toujours pas annoncé au reste de la bande. Nestor cherche maladroitement une copine tandis que Timothée essaie désespérément de faire le tri dans les siennes. Lorsqu’ils décident d’emménager ensemble, la bombe explose. D’aventures rocambolesques en épopées ubuesques, on plonge dans l’intimité de ce groupe de jeunes aussi banals que déjantés.

Ce qui caractérise Five c’est un naturel sans faille. A tel point que l’on doute que les dialogues aient pu être écrits. C’est cela d’ailleurs la difficulté principale de toute réalisation cinématographique : comment passer de l’écrit à l’oral sans perdre fraîcheur et naturel ? La question de l’appropriation d’un texte, d’expressions parfois méconnues ou peu employées est cruciale, d’où le succès de la très moderne méthode Maïwenn qui dirige ses acteurs avec une grande liberté. Adepte de l’improvisation, elle exige d’eux bien plus que de coller au texte. Le scénario est bien là pour décrire et situer l’action mais certainement pas l’enfermer dans un carcan. L’acteur doit faire surgir quelque chose qui vient du cœur ou du ventre, mais certainement pas de la tête. Dans Five, on comprend qu’il y a eu toute une phase de tâtonnement et d’essai entre les acteurs afin de tester le texte et de l’améliorer. Il s’agissait sans doute de faire surgir et de laisser échapper, plutôt que de planifier, et c’est une réussite.

Les personnages sont drôles et attachants, certaines scènes pour le moins cocasses. On rit enfin et on rit beaucoup.

On a rarement vu un film parler aussi bien de et à sa génération. Parce qu’aujourd’hui on ne veut plus faire carrière ni se battre pour des causes étrangères. Le quotidien est fait de débrouilles et tout est temporaire car on sait bien que rien ne dure. Dans ce mode de vie sans valeurs ni repères dirigé par la fête et  l’amusement, tout se fait à l’instinct, sur un coup de tête. Les liens sont forts mais seulement au sein d’un cercle de personnes choisies. D’ailleurs les relations amoureuses, familiales et surtout amicales devenues des valeurs refuges en ces temps de crise, sont exaltées par des marques affutées telles The Kooples ou encore Comptoir des cotonniers qui en font l’apologie dans leurs publicités. Vidée de ses conventions et amputée de ses contraintes, l’existence toute nue offre une liberté dont on ne sait pas toujours quoi faire. On est entré dans l’ère du choix, une époque où l’on ne subit plus mais où l’on crée, on invente, on choisit, et pour cela, rien de mieux que l’expérience, unique détentrice d’une vérité intime et personnelle. Indissociable d’une liberté matérielle et psychologique, elle est devenue la voie fondatrice de toute existence.

Peut-être que si ce film fonctionne si bien c’est parce qu’il est lui-même le fruit d’une amitié, celle du réalisateur Igor Gotesman et de son acteur Pierre Niney. Les deux hommes ont en effet déjà collaboré sur la mini série hilarante Casting diffusée sur Canal +. A l’origine, Five était un court métrage que Gotesman a adapté en long. Pour cela il a fallu puiser dans son vécu personnel. Comme le personnage de Samuel, il a longtemps cumulé les petits boulots et s’il s’est mis à écrire, c’est en pensant que c’était le meilleur moyen de se trouver un rôle.

Gotesman livre un film furieusement actuel et sans complexe. Drôle, bien raconté, franc et délicieusement effronté, Five n’est pas bien pensant pour un sou, ni lisse ni cliché comme le très successful et tarte à la crème Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu. Five est un film vivant, aussi original qu’inattendu qui envoie des bonnes ondes, donne de l’énergie. Un film vitamine. Le nouveau cinéma français, c’était censé être Bang Gang, un film esthétisé à l’excès, sans fond, dramatique et plat, exalté par les Inrocks et autres médias à la mode. Mais au-delà du style, qu’y a-t-il ? Ici s’affirme une nouvelle vision, quelque chose de profondément original et qui sonne juste. On pense à des films fondateurs comme L’auberge espagnole. Five est une bouffée d’air frais dans le cinéma français. Seule l’histoire d’amour, prévisible et gentillette, parasite le film.

Finalement, si Pierre Niney a quitté la Comédie Française c’est pour… la comédie française.

Diane Lombart

Diane Lombart

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