REVIEW : Insidious 3

INSIDIOUS

(en salle le 8 juillet 2015)

Putain. PUTAIN.

C’est bizarre, je n’ai pas de mots autres que celui-ci qui me viennent à l’esprit à ce moment précis. Ce « putain » qui gronde et résonne dans mon crâne comme un bourdonnement assourdissant équivaut à une question bien précise : est-ce que j’ai encore envie de voir des films d’horreur en 2015 ?

Putain.

PUTAIN.

Jamais j’aurais un jour pensé me demander sérieusement cela. Jennie me confiait récemment qu’elle avait depuis quelques temps l’impression de toujours voir le même film. J’ai d’abord pris sa réflexion à la rigolade. Mais ce que je pensais donc être une boutade a finalement fait son bonhomme de chemin, installant sous ma crâne un doute difficile à balayer d’un simple revers de pellicule. Les responsables de cette douloureuse remise en question ont des noms et des adresses, mais surtout des noms. Ils s’appellent Oren Peli, Jason Blum, Sam Raimi, Joel Silver ou bien encore James Wan. Des types qui ont transformé un amour au départ sincère (ce dont je ne doute pas une seule seconde) en une formule prête à être aussi rapidement ingurgitée que régurgitée. Des fossoyeurs d’un genre, chéri plus que tout par des millions de fans de par le monde, qui se sont un jour rendus compte qu’en suivant un cahier des charges créatif et financier relativement drastique, l’on pouvait faire beaucoup de fric avec ce dernier (plus que par le passé, s’entend). Peli et Blum ont signé la fin du « found footage horrifique » de qualité avec Paranormal Activity. Wan s’est fourvoyé dans la franchise facile et sans âme avec Insidious et The Conjuring. Quant à Raimi et Silver, ils ont bien préparé le terrain et sont des précurseurs en la matière, produisant depuis des années via leurs boîtes respectives des bandes d’un intérêt tout relatif (The Grudge, la série des Boogeyman ou bien encore The Possession pour ce bon vieux Sam et sa société Ghost House; ce roublard de Joel avait démarré en trombe avec La Maison De l’Horreur, 13 Fantômes et Le Vaisseau De l’Angoisse puis s’est finalement ravisé en ne fabriquant plus que des thrillers bas de gamme avec Dark Castle).

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Pour de rares réussites telles que le remake de The Town That Dreaded Sundown, Creep ou bien encore Sinister, combien de The Lazarus Effect, Unfriended, Ouija et Area 51 ? Va-t-on réussir à sortir un jour de cette ornière photographique à l’esthétique brunâtre et délavée ? Va-t-on parvenir à s’affranchir de ces jump-scares prévisibles et éculés, véritables cancers du film d’horreur moderne, pour enfin renouer avec un frisson véritable et viscéral ? Les scénaristes hollywoodiens sont-ils lobotomisés au point de se borner à nous resservir inlassablement la même histoire de possession / maison qui n’oublie pas / esprit vengeur / famille tourmentée en se contentant mollement de simplement changer les noms des personnages et les titres des films ? Où est la peur dans ces caricatures de menaces surnaturelles ?

Alors voilà. J’ai vu Insidious 3. Fabriqué par la triplette Oren Peli / Jason Blum / James Wan. Emballé par Leigh Wannell (compagnon de route historique de Wan) dont c’est la première réalisation. Suivant le même cahier des charges que toutes les autres productions Blumhouse. J’ai vu Insidious 3, et j’ai eu l’impression de voir Jessabelle. Ou Oculus. Bon ok, Insidious 2. J’ai gardé les yeux ouverts durant tout le film. Je n’ai pas sursauté une seule fois aux apparitions supposées effrayantes des bras tuméfiés du « bad guy » de service. Je n’ai éprouvé aucune compassion pour le calvaire de l’héroïne ou la triste condition de la médium supposée la délivrer les forces du mal. En gros, ces 90 minutes passées devant cette photocopie de photocopie, je les considère comme perdues à tout jamais. Tu vas me dire, avec le nombre de merdes que je m’envoie chaque jour que Satan fait, une de plus ou une de moins… Oui, c’est pas faux. Et puis, Insidious 3, à défaut de me donner ce pourquoi j’étais venu le voir, a au moins eu le mérite de provoquer une remise en question plus que salutaire par rapport à mes habitudes de consommation cinéphilique.

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L’horreur standardisée et moi, c’est désormais terminé.

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Florian Schall

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Florian S.
Florian Schall, né en 1980. Disquaire à La Face Cachée, chroniqueur musical sur Mirabelle TV, propriétaire du blog http://recordsarebetterthanpeople.tumblr.com/ , organisateur de concerts, musicien au sein de divers projets (Twin Pricks, Poincaré, The Holy Mundane) et ex-zineux repenti.

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