REVIEW : Justice League


Justice-League

 

Cinquième film de l’univers DC au cinéma, Justice League devait être le point culminant de la franchise et se hisser au niveau des Avengers de Marvel. Malheureusement, cela ne sera pas le cas pour un grand nombre de raisons. Avant de critiquer le film lui-même, replaçons-le dans son contexte. En 2013, Man of Steel relance Superman au cinéma avec succès, mais divise déjà les fans entre eux et les critiques, pas tant au niveau du scénario mais par le ton sombre employé et un héros qui débute avec une crise d’identité au lieu de sourire à la vie. On reproche à Zack Snyder, entre autres chose, les destructions de masse de l’affrontement final. Ce dernier point sera traité dans Batman v Superman en 2016, qui utilise cet argument précis pour monter Batman et la moitié du monde contre Superman. Le film est encore plus sombre et long. Le fait qu’il ait été charcuté au montage le rend un peu compliqué à suivre et sa version longue est largement supérieure. Pourtant, plus que la qualité du film en lui-même, ce sont encore une fois les choix artistiques qui sont attaqués par les critiques. Présentant pourtant les mêmes « défauts » que beaucoup de films Marvel, Batman v Superman est néanmoins massacré par les critiques qui ne vont rien laissé passer, peut-être parce que le film se prend trop au sérieux. Quelques mois plus tard, Suicide Squad cartonne au box-office et est mieux accueilli car « plus fun » mais est pourtant un film bien moins réussi que Batman v Superman. Il faudra attendre Wonder Woman pour enfin mettre tout le monde d’accord (ou presque) avec un succès à la fois critique et public. Trop occupés à célébrer le premier grand film de super-héros porté et réalisé par une femme, les critiques ne lui tiendrons pas rigueur des quelques défauts et d’un final un peu brouillon et très convenu. Le message semble clair : si l’interprétation des héros plait, s’il y a de l’humour et que le film n’est pas trop sombre si trop long, alors on pardonnera plus aisément les défauts et incohérences. C’est donc exactement ce qu’ont fait les producteurs de Justice League, et c’est ironiquement leur plus grande erreur.

Suite à un drame familial, Zack Snyder quitte la production de Justice League juste avant les reshoots écrits par Joss Whedon, amené en renfort pour insuffler un peu de légèreté et d’humour à un film qui devait être encore trop pesant aux yeux des producteurs. Finalement, Whedon finira par retourner des scènes entières, notamment celles concernant Superman. Le studio décide également que le film ne durera que deux heures, générique inclus, et charcute ainsi le film au montage. Pas évident pour un film qui doit présenter trois nouveaux héros que le public ne connait absolument pas… Le résultat est donc un film certes divertissant, mais aussi très frustrant. Notamment pour ceux qui ont apprécié la vision de Zack Snyder et qui ne verront ainsi pas clairement sa conclusion, au profit d’un film hybride dont on remarque malheureusement les concessions. Plutôt qu’un film trop ambitieux qui divise, Justice League est un film très convenu, sans grande ambition et donc sans la portée épique que l’on retrouvait dans Man of Steel ou Batman v Superman. Le film était condamné dès le départ et les critiques et les fans l’attendaient de pied ferme. Même si le film avait été meilleur, ses moindres défauts auraient été des munitions pour l’abattre, mais vu que le film est un peu brouillon, il n’a aucune chance. Ce qui nous amène donc à la critique de Justice League.

Suite à la mort de Superman, l’humanité est en proie au doute et à la peur, sentiments illustrés au cours d’un beau montage introductif qui va s’attarder un peu sur Lois Lane ayant du mal à se remettre de la disparition de Clark. On la reverra en pleine conversation avec Martha Kent, qui elle, vient de se perdre la maison de Smallville. On retrouve rapidement Wonder Woman le temps d’une scène héroïque qui la voit mettre un terme à un attentat-suicide perpétré par un groupuscule de fanatiques religieux. On fait également la connaissance du jeune Victor Stone, décédé et ramené à la vie par son père, sous la forme d’un cyborg, à l’aide d’une technologie extra-terrestre. Victor a du mal à contrôler son côté machine et reste terré chez lui. A Central City, Barry Allen rend visite à son père, accusé injustement du meurtre de sa mère, qui lui dit de vivre sa vie et d’arrêter de venir le voir. Tout le monde semble donc avoir perdu espoir. Tout le monde sauf Wonder Woman et, étonnamment, Batman. Fidèle à lui-même, on le découvre au boulot dès les premières minutes du film, à la poursuite d’un criminel sur les toits de Gotham, dans une séquence qui nous fait languir de le retrouver dans un film solo. Se sentant coupable de la mort de Superman (ce qu’il est quand même un peu), il est en fait à la poursuite de créatures extra-terrestres attirées par la peur des gens. C’est tout naturellement donc que ces paradémons prolifèrent un peu partout. Batman sait que quelque chose d’énorme se prépare et il compte bien prendre les choses en main pour sauver le monde. C’est la raison pour laquelle il tente de recruter des êtres puissants qui pourraient l’aider à lutter contre ce qui arrive.

Ce qui arrive, c’est Steppenwolf, un méchant très basique qui en aurait imposé un peu plus s’il n’était pas entièrement en images de synthèse. Il cherche ses trois Boites-Mères qui, une fois assemblées lui permettront de regagner son pouvoir et de détruire la Terre. Bref, l’intrigue est on-ne-peut-plus banale pour un film de super-héros et ce n’est pas de ce côté-là que l’on va trouver notre bonheur. Les qualités de Justice League, car il y en a, tiennent entièrement dans les héros et leurs relations, bien qu’on aurait aimé en voir davantage.

Que ce soit le sentiment de culpabilité de Batman et Wonder Woman, leur manière de se mettre mutuellement face à leurs échecs, la difficulté de Cyborg à s’ouvrir aux autres, la fraîcheur et l’immaturité de Flash ou encore le côté brute et m’en-foutiste d’Aquaman qui a du mal à prendre ses responsabilité sur Terre ou à Atlantis, tout est très réussi ! Ce qui rend Justice League d’autant plus frustrant  car on sent qu’il y avait beaucoup plus à voir pour chaque personnage et le film parait précipité. Les coupures évidentes ne laissent pas aux scènes le temps de respirer et empêchent donc le spectateur de profiter pleinement de ces personnages et donc de s’y attacher davantage. Le studio se tire clairement une balle dans le pied à vouloir faire simple et court.

Le retour tant attendu de Superman va très vite aussi et les dialogues de retrouvailles avec Lois sont réduits au strict minimum, ce qui laisse uniquement quelques belles images et la musique de Danny Elfman pour essayer de nous attendrir. Cela fonctionne, mais pas assez. Tout comme son combat contre les autres héros : des très bonnes idées, dont un moment hilarant lorsque Flash se rend compte que Superman est aussi rapide que lui,  mais on reste quand même sur notre faim car ces scènes n’ont pas la portée épique ou émotionnelle qu’elles auraient méritées.

Les scènes d’actions devaient être exceptionnelles et nous en foutre plein les yeux, mais après 15 ans de films de super-héros, Justice League n’apporte rien de neuf. Cela fait plaisir de voir tous ces héros se battre ensemble, mais aucune séquence ne sort vraiment du lot, mis à part la première apparition de Steppenwolf face aux amazones de Themyscira, ce qui permet notamment de nous montrer que le gros méchant est à la fois cruel et extrêmement puissant. On appréciera également le flashback de la grande bataille façon Seigneur des Anneaux qui opposait Atlantes, Amazones (et Lanternes !) à Steppenwolf, et dont on aurait aimé, encore une fois, en voir davantage. Si l’ensemble reste bien filmé (si Zack Snyder sait faire quelque chose, c’est bien ça), les effets spéciaux sont par moments décevants, probablement car ils n’ont pas eu le temps d’être soignés. Rien de catastrophique néanmoins, même si l’effacement numérique de la moustache d’Henry Cavill laisse à désirer.

L’accent est définitivement mis sur l’optimisme et l’espoir, représentés par le retour de Superman qui, bien que précipité, offre aux fans celui qu’ils attendaient de revoir depuis Man of Steel : un super-héros souriant, heureux de sauver le monde et dont les couleurs du costume jaillissent enfin à l’écran. Pour accompagner tout cela, Danny Elfman nous gratifie d’une excellente bande originale, reprenant pour notre plus grand plaisir son thème de Batman que l’on n’avait pas entendu depuis les films de Burton, ainsi qu’une petite touche du Superman de John Williams. Du côté nouveauté, on notera le thème très réussit de Flash et les mélodies accompagnant les retrouvailles de Clark avec Martha et Lois.

Les acteurs font d’ailleurs de leur mieux avec ce qu’on veut bien leur donner. Tous sont excellents avec mention spéciale à Ray Fisher, Jason Momoa et Ezra Miller pour avoir insuffler autant de personnalité à des personnages qui n’ont que très peu de temps pour exister. L’humour apporté par Joss Whedon fonctionne la plupart du temps, notamment dans les commentaires de Flash et ses réactions face à l’absurdité des situations dans lesquelles il se retrouve. Ben Affleck reste le meilleur Batman sur grand écran, Gal Gadot déborde de charisme et Henry Cavill peut enfin laisser éclater son sourire !

Produit hybride de deux réalisateurs et d’un studio qui essaye de satisfaire trop de monde en revoyant sa copie en cours de route, Justice League ne s’en sort pas si mal tout compte fait. Si on espère quand même une version longue qui viendrait donner un peu plus de chaire à l’intrigue et aux personnages, le film tel qu’il est présenté reste un divertissement de bonne facture qui souffre du fait qu’on lui en demandait tellement plus.

7/10

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Until next time, this is Matt asking Ben Affleck to stay !

Matt est prof d’anglais, cinéaste amateur (www.alienprods.com) et lecteur de comics.

2 Comments

  1. YR

    21 novembre 2017 à 20 h 15 min

    Enfin un vrai Superman. Mais comme le dit l’expression « too little, too late » ?

    • Matthieu F.

      21 novembre 2017 à 23 h 46 min

      C’est un peu ça oui. Malheureusement en voulant adresser TOUTES les critiques d’un seul coup, le studio a sabordé le film. En gros ils ont changé tout ce qu’il leur était reproché. Ils auraient du repousser la sortie du film à mars pour laisser le temps à tout le monde pour les reshoots et les VFX et livrer la version longue. On pourra reprocher au studio de ne pas avoir eu les couilles d’aller jusqu’au bout. On se rappelle les grandes déclarations du genre « nous, c’est des films conçus par les réalisateurs, plus risqués, plus avant-gardistes…etc » tu parles, juste parce qu’ils n’ont pas fait les chiffres de Marvel (qu’ils n’auraient jamais dû tenté d’atteindre vu que le ton plus « adulte »), ils ont couru chercher Whedon et ont essayé de faire un film plus « Marvel ». Il y a qu’à regarder Captain America Winter Soldier : il a beau être sorti après Avengers, le ton plus sombre et adulte n’a « que » rapporté 700 millions. Alors faut pas chercher à faire les chiffres « mainstream » des Avengers quand on se vante de faire des films plus « adultes ». Je suis plutôt triste pour Snyder qui n’a pas eu l’opportunité d’aller au bout de sa trilogie parce que Warner n’a pas osé assumer et le soutenir jusqu’à la fin. En même temps le suicide de sa fille, c’est ça la vraie tragédie, alors on va quand même relativiser !

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