REVIEW : Kingsman – La guerre des classes n’aura pas lieu


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Il y a des films qui ressemblent à des matchs de … (insère ici ton sport collectif préféré). À l’issue d’une première mi-temps soporifique, tu finis souvent par te demander si tu vas te fader la deuxième par respect pour l’effort des joueurs, le tarif du siège ou le vide intersidéral du reste du programme télé. Kingsman: The Secret Service rejoint le club en foirant complètement son coup d’envoi. De toute façon, un long-métrage qui ose coller Money For Nothing au cul d’un générique d’ouverture aussi numérique que laid, ça n’inspire pas confiance, quand ça ne file tout bonnement pas la trouille.

Pourtant, j’avoue sans rougir qu’entre le masque et la plume, j’opte pour le sabre laser. Donne-moi le choix entre un film ouzbèque sur la cueillette de l’herbe en rase steppe et un gros Marvel qui tache et je te jure qu’il ne me faudra pas plus d’une demi-seconde. J’aime qu’on me divertisse. Je n’aime en revanche pas du tout qu’on me prenne pour un con. Et là, Matthew Vaughn m’a confondu avec une truffe pendant plus d’une heure.

Le scénario, que j’espérais aussi acide que celui de Kick Ass premier du nom, s’embourbe dans les codes d’un genre qu’il respecte apparemment trop pour les vitrioler. Toutes les scènes de ce recrutement par un brillant espion (Colin Firth qui réchauffe son menu de A King Speech en oubliant d’allumer le feu) du fils d’un ancien collègue transformé, pour lui sauver la vie, en bouillabaisse à la grenade s’enchaînent à la vitesse d’un clip de … (insère ici le nom de ton chanteur de R’n’B préféré). Rien ne s’installe. Rien n’accroche. Rien ne secoue un peu le cocotier de ce début poussif qui hésite entre James Bond raté période Pierce Brosnan et franchise de super-héros médiocre. Le montage est lisse, la réalisation gratuitement démonstrative, les acteurs peu convaincants (palme à Samuel Leroy Jackson et son reste d’afro sur la langue, qui se croit visiblement dans un reboot de The Cosby Show ou pire de The 51st State). Nul doute qu’Eggsy, la petite frappe avec trois poils au torse qui se fade ses premières semaines de BTS Sean Connery, se serait fait défoncer par la clique bien plus cinglée de Misfits.

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J’étais donc là à m’emmerder sec dans la salle 2 du Palace. Quand tu commences à chercher les placement de produits dans un film, c’est jamais bon signe. Et soudain Colin Firth a sorti la première réplique méchamment drôle du script, avant de mettre en charpie la totalité d’une église intégriste pleine à craquer. Bain de sang. Hache, pétoire, pieu, et tout ce qui lui tombe sous la main. Ca saigne, ça charcle. Et soudain, Matthew Vaughn a chopé la caméra des pattes de l’assistant de prod (lire « machine à café vivante », comprendre « larbin ») qui la squattait depuis plus d’une heure. Caméra épileptique, saccades, chorégraphie au millimètre, je suis tellement jouasse que je pourrais faire la hola. Un bon pétage de plombs façon Commandant Zissou sauf que c’est Free Bird de Lynyrd Skynyrd en fond (si tu es un cinéphage de goût, ça t’en laissera un arrière de The Devil Rejects) et pas The Stooges.

La bobine se réveille enfin. Un peu à la bourre certes, mais assez pour arracher le nul avec un peu de panache. Une exécution sommaire, un empoisonnement, de gigantesques bastons générales, un fabuleux feu d’artifice de boîtes crâniennes, un petit paquet d’easter eggs (un peu fastoche certes, mais complètement raccord avec ce dimanche pascal) et une princesse presque sodomisée plus tard, je finis par me dire que j’ai bien fait de rester.

Seulement voilà, tu ne me connais pas, mais va falloir apprendre à t’y faire, je suis pénible. Pénible tendance orchidoclaste. Ainsi, alors que le générique nous fait le coup de la scène (presque pas) cachée, je ne peux pas m’empêcher de trouver qu’il y a un truc qui craint. Que si le Sunday roast n’est pas si dégueulasse, le fond de sauce pue un peu. La ficelle est aussi usée que vieille comme le monde. Il suffit de sortir un personnage de son milieu naturel pour le balancer dans un autre et obtenir un certains nombres de possibilités scénaristiques plus ou moins valables, couvrant un spectre ultra-large allant de My Fair Lady à Macadam Cowboy en passant par Les Visiteurs (ouais je sais, c’est un peu lapidaire, mais c’est le but.).

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Kingsman prend donc un jeune bien d’jeuns (survêt / accent et vocabulaire / petite délinquance / pinte au pub) et l’envoie casquette la première dans un gentleman très british (trois pièces sur mesure / bonne manières / patriote noble de cœur / single malt du siècle dernier). Le problème, ou peut-être mon problème si ça t’arrange, c’est que cette collision se pare ici d’une lecture politique entièrement assumée et subtile comme un hoax viral sur ton réseau social préféré. Je résume : la haute friquée et éduquée c’est des enfoirés, le vrai bon sens, la vrai vie, le vrai courage est chez les prolos. Les meilleurs passages du Capital décryptés par Bézu. Outre la fascination douteuse d’un film dont la trame repose sur la nostalgie d’une Angleterre de classes, Kingsman daube le populisme bon teint et oppose à l’ascension sociale d’un personnage l’annihilation pure et simple d’une population de politiques, d’intellectuels et d’industriels jetés sans discernement dans le même panier. « Quand on aura fait péter les dirigeants, il nous restera la rondelle des princesses » aurait fait une parfaite punchline finale. T’avoueras que, même si on ne regarde pas ce genre de film pour la beauté de la philosophie, par les temps qui courent, on aurait pu espérer plus fin.

Thomas Rocton

1 commentaire

  1. Jex

    19 juin 2015 à 7 h 33 min

    Cet article est d’une mauvaise foi incommensurable… Critiquer pour faire le buzz, LA nouvelle mode (et surtout, très mauvais plagia du genre de « l’Odieux Connard »).

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