REVIEW : Lady Bird

Lady Bird Greta Gerwig Satires Ronan
Date de sortie 28 février 2018 (1h 34min)

« The only exciting thing about 2002 is that it’s a palindrome »

Sacramento, 2002, une lycéenne exigeante aux traits de la très prometteuse Saoirse Ronan s’emploie à survivre à sa dernière année dans le secondaire, à sa relation conflictuelle avec sa mère, à sa première histoire d’amour et de sexe, à ses aspirations et ses désillusions, à son propre caractère et à celui des Autres. En somme, aux nombreux rites de passage à ce que l’on appelle « l’âge adulte ».

Lady Bird marque le virage derrière la caméra de l’égérie de la mouvance Mumblecore : Greta Gerwig. Cette dernière, qui bénéficie d’un haut capital de sympathie dans la profession, s’attelle à modeler d’une vision individuelle le registre du Teen Movie et du récit initiatique scolaire. La tâche est ardue car des cinéastes comme Todd Solondz (Welcome to the Doll House), Terry Zwigoff (Ghost World) ou encore Gregg Araki et Larry Clark ont déjà laissé des empreintes fortes et sensées dans le domaine. Le défi est relevé avec une grâce et un mordant qui n’ont pas laissé indifférents les spectateurs et les critiques aux Etats Unis. La Hollywood Foreign Press a d’ailleurs récompensé le film et son interprète le 8 janvier dernier à Los Angeles.

A l’écran, les apparitions de Gerwig sont idiosyncratiques, proche d’un maniérisme épuré comme si sa forte personnalité était en contradiction avec les cadres naturalistes qu’elle affectionne. Il était à craindre qu’elle fasse de Christine « Ladybird » McPherson son double. Or, bien qu’elle tombe un peu dans ce travers – son héroïne décoche des bons mots et des mous désabusés comme Rocky ses uppercuts assassins – la réalisatrice parvient à prendre de la distance et à conserver de l’espace pour Saoirse Ronan toujours fascinante de magnétisme à l’écran, qui sous une direction bien dosée, s’empare de Christine et de sa nonchalance avec un côté brute qui lui est propre.

Les scènes anodines s’écoulent au gré d’une alternance pensée scénaristiquement comme une promenade entre des tranches de vie, marquantes mais toujours réduites aussi dans leur impact comme si la conscience narrative discrète tâchait de resituer l’impact des mini joies ou traumatismes sur l’échelle d’une vie, d’une existence ou même sur l’échelle de l’univers. Par exemple, les amitiés fluctuent, l’amie trahie, pardonne mais de toute manière le départ à l’université provoque une rupture plus inéluctable. Ou encore, l’entrée dans l’enseignement supérieur fantasmé se solde à la fin du film par un renouveau de challenges et de remises en cause. Gerwig sculpte pour son propos un écrin photographiquement chaud, auditivement sucrée (si l’on aime le rock), souvent irrévérencieux et facétieusement insolent, autour d’une jeune femme en formation mais au caractère bien trempé. On pense à un Juno dans une déclinaison un peu plus punk peut être, un peu plus ciselée.

Lady Bird offre l’occasion de se délecter de répliques et de situations drôles, spirituelles, choquantes tout en absorbant quelques rappels structuraux et moraux fondamentaux modestement mobilisés. Malgré les postures de force que l’on se donne : « We’re afraid that we will never escape our past. We’re afraid of what the future will bring. We’re afraid we won’t be loved, we won’t be liked. And we won’t succeed » prêchent le prêtre et Greta.

CW

Charlotte W.
Charlotte est la créatrice du site et sa rédactrice en chef. Doctorante en cinéma et civilisation américaine, elle s’intéresse particulièrement à l’esthétique et aux modes de production, de distribution et de réception du cinéma américain indie de la Génération X http://idea-udl.org/members/wensierski/

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