REVIEW : Personal Shopper.The Bloggers Cinema Club

REVIEW : Personal Shopper

Personal Shopper Kristen Stewart

GHOSTLOVER

Date de sortie 14 décembre 2016 (1h 50min)
De Olivier Assayas
Avec Kristen Stewart, Lars Eidinger, Sigrid Bouaziz

N’en déplaise à la presse cannoise et aux sceptiques systématiques qui ont allègrement fustigé, je suis allée d’un pas guilleret à la rencontre du nouvel effort filmique du controversé Olivier Assayas. Ce cinéaste est issu de ce qu’aucuns nomme la nouvelle « Nouvelle Vague », mouvance irrévérencieuse et innovatrice de la fin des années 90-début des années 2000 au sein de laquelle il côtoie Leos Carax et Claire Denis par exemple. Ses films procèdent selon moi d’étonnantes quoiqu’inégales alchimies génériques qui le voient parfois agrémenter de post cyber punk une trame de business thriller halluciné dans Demonlover (2002) ou infuser de family drama un road trip hard core dans Clean ou encore embrumer de mysticisme un drame psychologique d’un come back raté dans Sils Maria…Certains résultats sont plus convaincants que d’autres mais le geste parait, on peut le postuler, toujours émancipé et sincère .

Personal Shopper, ghost story urbaine milléniale, embrasse les ambivalences de Maureen une medium abîmée, implacablement et impeccablement interprétée par Kristen Stewart, très judicieusement choisie pour le rôle…qui a peut-être été pensé pour elle. Le regard s’ouvre in media res sur une imposante bâtisse délabrée qui emprunte d’un geste franc et impénitent au genre gothique tandis que les plans et mouvements de caméra flottants et furtifs qui accompagnent la protagoniste sont des tropes éminemment fantastiques et horrifiques. La topographie dominante sera pourtant bien urbaine et réaliste, Maureen naviguant entre plusieurs grandes capitales au volant de son scooter ou avachie boudeuse dans des sièges de transports en commun aliénants. Comme l’indique le titre anglo saxon, la profession, rarement mis en lumière, exercée par la jeune femme est celle d’assistante d’achat pour célébrités surbookées. Les pires facettes de nos sociétés de consommation et du rythme de vie citadin composent alors une toile de fond vampirisante et contrastante pour une problématique diégétique plus spirituelle : Maureen cherche à entrer en contact avec l’esprit de son frère jumeau décédé peu de temps auparavant.

La trajectoire du récit et le parcours spectatorial consistent à partir de là essentiellement à cerner l’insondable shoppeuse, qu’on pourrait penser marginale et critique mais qui, exhortée par un mystérieux correspondant téléphonique, semble tout de même contaminée par la superficialité et la vanité chroniques de sa génération notamment lorsqu’elle assouvit ses pulsions de glamour sartorial.

Particulièrement réussis et aboutis sont l’ancrage sociétal– l’utilisation de l’iPhone et ses fonctions l’autorisant à nous « hanter » par trois points de suspension flottants – ainsi qu’une mise en scène et direction d’acteurs qui rappellent parfois le sinistre, rude et passionnel de Cassavetes. Moins convaincants sont certains passages d’intégration de vidéos palimpsestes ou encore d’apparitions fantasmagoriques frisant le kitsch et qu’on aurait souhaité plus élégantes. On peut aussi déplorer un traitement par moment trop littéral et explicitant de l’aura de mystère et des rebondissements scénaristiques dispensables.

Personal Shopper pose un regard clairvoyant, la plupart du temps élégamment sinistre, sur les enjeux du spirituel à l’heure du Digital Native et il a choisi pour son drame magique une comédienne aux épaules bien solides.

LC

tb2c

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