REVIEW: Soleils (Festival du Film Africain)


A long walk to freedom..

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Nulle autre que Barbara Hendricks, cantatrice soprano américano-suédoise et activiste engagée, chante cette phrase programmable dans ce film poétique et particulièrement philosophique sur l’histoire du continent africain. De l’empereur Soundiata Keïta en passant par le président Lamizana, Voltaire et Nelson Mandela, Soleils retrace le « long chemin vers la liberté » d’une jeune fille qui a perdu sa mémoire. Afin de retrouver son identité, elle se met en route avec le griot Sotigui qui se charge de lui expliquer l’humanisme africain, ses origines et valeurs…Qui sont les « soleils » qui ont marqué l’histoire africaine ? Pourquoi la jeune génération connaît-elle Voltaire mais n’a jamais entendu parler de l’aimable président Lamizana ? Qu’est l’identité, de quoi se constitue-t-elle et à quoi sert-elle ? Voilà quelques questions que le film se pose et qu’il transmet à nous, les spectateurs.

Dani Kouyaté et Olivier Delahaye ne cherchent pas à reconstituer le passé colonialiste, les nombreux crimes commis sur terre africaine. Au lieu de cela, ils essaient de s’éloigner de l’image bien répandue d’un continent en crise en présentant au spectateur l’humanisme africain et les valeurs que celui-ci a générées à l’aide de ce voyage dans le temps allant du XIIIème siècle à nos temps. Un film éloquent dans lequel le mot prime sur la technique et qui offre une liberté d’interprétation rafraîchissante.

Dani Kouyaté et Christoph Vatter 2

L’histoire nous y est présentée sous forme d’un conte, suivant la tradition orale de l’Afrique de l’Ouest. Binda Ngazolo, dans le rôle de Sotigui, agit ici comme narrateur dont les contes se voient illustrés par les moyens cinématographiques. Initialement, son personnage aurait dû être joué par Sotigui Kouyaté, un acteur et griot burkinabé célèbre et dont le film s’inspire. Mais celui-ci est décédé peu de temps avant le début du tournage. Olivier Delahaye a donc rendu un bel hommage à son ami en co-réalisant ce film avec son fils, Dani Kouyaté. C’est surtout dans cette coopération que se trouve la force de ce film. Elle permet un double regard sur l’histoire commune de nos deux continents, un mélange de perception de soi et de perception d’autrui qui implique tous les spectateurs dans l’histoire. Soleils invite à l’auto-découverte en posant des questions morales, faciles au premier regard mais difficiles une fois qu’on pense à ses réalisations.
Je ne veux pas vous donner ici mon interprétation car c’est à tout un chacun de trouver une lui/elle-même. Mais j’aimerais vous présenter ci-dessous deux de mes réflexions préférées dans ce film :

1. Le mot « soleil » se réfère ici aux intellectuels/personnes importantes qui ont marqué une époque ou/et toute l’histoire. Le film nous présente entre autres les philosophes Hegel et Voltaire, le spirituel Tierno Bokar et Nelson Mandela. Pourtant, toutes ces personnes historiques n’était pas « une lumière » pour tout le monde. Voltaire, par exemple, était bien pour l’égalité des êtres humains mais son opinion sur les Noirs était aussi raciste que celle de Hegel. On ajoute donc la remarque de Tierno Bokar dont le personnage raconte à un groupe de jeunes l’importance de la charité et qui constate que l’intelligence sans charité est dangereuse. Friedrich Durrenmatt aurait approuvé avec véhémence.

2. Le film ravit avec un humour imbattable qui se manifeste dans plusieurs comparaisons intéressantes. Ainsi, on compare par exemple les préjugés avec la mauvaise haleine puisque celle-ci ne se fait pas remarquer par soi-même mais fait souffrir son entourage.

Pourquoi est-ce le long chemin vers la liberté de Dokamisa ? Eh bien, Soleils essaie de nous faire comprendre que l’histoire, nos expériences et valeurs, est un élément indispensable de notre identité qui forme un point de départ important pour nos vies. Sans identité, comment pouvons-nous être « nous » ? En suivant les discours politiques actuels, ce film s’annonce comme une révélation importante, se nouant à l’essai sur les identités meurtrières d’Amin Maalouf.

Dani Kouyaté est déjà venu trois fois à Sarrebruck pour y présenter un film lors des Journées du Film Africain. Il a donc exprimé  le souhait d’être dans le « staff de cet événement la prochaine fois ». Vu le contenu philosophique de ce film, la discussion qui s’est ralliée à la séance était longue. Le public s’est montré très ému et les questions se sont tournées beaucoup vers des questions politiques. Une attention particulière a été prêtée à la Charte Mandé, une charte d’un contenu oral qui a déjà fixé des droits de l’homme 500 ans avant la Déclaration des droits de l’homme de la France et les Amendements à la Constitution des Etats-Unis. En fin de compte, Dani Kouyaté a mentionné la difficulté d’imposer un film africain ne traitant pas la misère à un public européen. Quand une jeune professeure lui a demandé si elle pouvait montrer le film à l’école, il s’est montré enthousiaste en assurant que cela est l’un de ses objectifs. S’il y a donc des professeurs parmi vous, vous êtes informés 😉
La soirée s’est terminée plus traditionnellement, autour d’une bonne bière avec le réalisateur.

Si vous voulez avoir des informations sur la cinématographie au Burkina Faso, voici une interview avec Dani Kouyaté datant de 2008 :

Et en bonus:

petit coucou au tb2c

Beate Pelzer

tb2c

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