REVIEW : Star Wars - Les Derniers Jedi.The Bloggers Cinema Club

REVIEW : Star Wars – Les Derniers Jedi


last jedi

Après le retour fracassant de Star Wars avec Le Réveil de la Force et le très satisfaisant Rogue One, les attentes étaient forcément élevées pour Les Derniers Jedi. Scénariste et réalisateur de ce huitième opus de la saga des Skywalker, Rian Johnson allait-il emboîter le pas de J.J. Abrams et nous offrir une nouvelle aventure ultra-divertissante et nostalgique pleine de fan-service ? Pas vraiment. On pourrait même dire que Les Derniers Jedi est l’antithèse du Réveil de la Force, sans pour autant dénigrer ce dernier, car il poursuit les arcs narratifs des personnages de manière parfois surprenante mais toujours cohérente. Ceux qui avaient reproché à Abrams d’avoir fait un simple remake/reboot de la franchise et de n’avoir pris aucun risque ne pourront qu’être comblés par l’audace dont Johnson fait preuve dans ce nouveau volet. Si Abrams pilotait gentiment le Réveil de la Force en ayant toujours un œil sur le rétroviseur, Johnson, lui, s’est saisit des commandes et est passé en vitesse lumière pour faire avancer les choses. « Laisse mourir le passé » , entendra-t-on dire Kylo Ren.

ATTENTION SPOILERS

Cependant, Johnson n’est pas aussi extrême: le passé est bien là, il fait partie de nous, mais on n’a pas besoin de le contempler sans cesse en se disant « c’était mieux avant ». Johnson prend ainsi le contre-pied de tout ce à quoi on pouvait s’attendre et  réalise un film imprévisible qui, s’il décevra nombre de fans qui voulaient voir LEUR cahier des charges complété, pourrait bien avec le temps et le recul être considéré comme l’un des meilleurs épisodes de la saga.

A défaut d’être le plus divertissant, Les Derniers Jedi est peut-être l’épisode le mieux écrit. Introspectif et méta-filmique, le film regorge de références à notre société et parle directement à ses fans de leurs attentes, de leur besoin de toujours regarder vers le passé et de l’idéaliser, de leurs espoirs et de leurs déceptions, le tout articulé autour de la relation entre Luke Skywalker, Rey et Kylo Ren. Le maître et ses deux apprentis. Pour Rey, Luke est une légende qui incarne l’espoir. Pour Kylo, il représente un dernier obstacle, une dernière figure paternelle à abattre afin d’être libéré d’un passé qui le tourmente. Luke Skywalker est un symbole pour tellement de personnes qu’on en oublierait presque qu’il est un homme. Et c’est ce que Rian Johnson nous fait comprendre lorsque l’on retrouve Luke après toutes ces années, face à Rey qui lui tend ce fameux sabre laser, cet objet du passé chargé d’émotion. Il s’agit du sabre d’Anakin Skywalker, qu’Obi Wan Kenobi avait gardé avant de le donner à Luke dans le premier film. Il s’agit du sabre dont Luke s’est servi lors de son premier combat contre Dark Vador dans L’Empire Contre-Attaque. Ce sabre avait disparu avec la main de Luke, tranchée par Dark Vador juste avant que ce dernier ne lui annonce qu’il était son père. Et que fait Luke Skywalker lorsqu’il récupère enfin cette madeleine de Proust qui représente tant pour la saga et pour ses fans ? Il la jette nonchalamment par-dessus son épaule, provoquant l’étonnement de Rey, l’hilarité d’une partie des spectateurs et la furie des autres. Non, ce n’est pas Luke Skywalker le héros qui a détruit l’Etoile de la Mort, ni le Maître Jedi qui a vaincu Dark Vador et l’a fait sortir du côté obscur, nous ne sommes pas en face de Luke Skywalker, la légende, nous venons simplement de rencontrer Luke Skywalker, l’homme.

Après avoir fondé une nouvelle école de Jedi, Luke s’est heurté une nouvelle fois au côté obscur, mais cette fois il n’y était pas préparé. Il ne s’est rendu compte que trop tard de l’influence du Suprême Leader Snoke sur le jeune Ben Solo et, prenant peur face au pouvoir de son neveu, s’est même laissé tenter d’en finir. Cette nuit-là, Luke a failli. La peur lui a fait allumer son sabre et même si la raison a finalement retenu son geste, ce moment de faiblesse dont Kylo Ren a été le témoin a été suffisant pour faire disparaitre la légende, son école et ses élèves. Ce soir-là, il ne resta qu’un homme qui avait tout perdu. Dès lors, Luke a rejeté son statut de légende, de Maître Jedi allant même jusqu’à remettre en question tous les enseignements de l’art Jedi, qu’il qualifie d’arrogant. Ce développement dramatique rend le personnage de Luke Skywalker encore plus intéressant que la simple incarnation du héros un peu trop parfait de la trilogie d’origine. Johnson nous propose un ancien héros face à ses démons et à ses échecs, et le résultat permet à Mark Hamill son interprétation la plus intense et grave du personnage. On pourra néanmoins trouver le temps un peu long sur Ahch-To, la planète d’exil de Luke car on attend un peu trop toutes les réponses à nos questions qui arrivent au compte-gouttes.

Les réponses, c’est ce que cherche également Rey, qui va se trouver tentée par le côté obscur, notamment lors de conversations avec Kylo Ren avec qui elle partage une connexion leur permettant de se projeter mentalement l’un à l’autre. La force brute qui s’est éveillée en elle a besoin d’être canalisée, elle a besoin d’un guide et Kylo Ren tente de le devenir, étant lui-même passé par là. Contrairement à Luke, Rey maintient l’espoir de faire revenir Ben Solo vers la lumière. Mais elle prend le risque de tomber elle-même du côté obscur. Encore une fois, au premier visionnage, impossible de savoir comment tout cela se finira. Face à ses doutes, la jeune héroïne fait preuve d’initiative contrairement à Luke qui n’y croit plus et qui aura besoin de la visite de vieux amis pour faire renaitre l’espoir en lui. Ainsi, les interventions de R2-D2 et Yoda sont brèves, mais ont un impact puissant à la fois thématiquement et émotionnellement.

Du côté de la Résistance, cela bouge énormément : le film débute d’ailleurs par une intense bataille qui verra, malgré un certain succès, disparaître une grande partie de la flotte des rebelles, ne laissant que peu d’espoir d’échapper encore longtemps au Premier Ordre. Poe Dameron fait du zèle et réussit à se faire rétrograder par Leïa, qui passe à deux doigts d’une mort certaine lorsque son vaisseau se fait détruire. Utilisant la Force, elle réussit à survivre et à se ramener à bord d’un autre vaisseau lors d’une scène surprenante et magnifiquement photographiée mais qui fait également grincer des dents de nombreux spectateurs pour son côté « Mary Poppins ». Elle restera dans le coma pendant une partie du film. Pour sa dernière apparition, Carrie Fisher est exemplaire et sa scène de réunion avec Mark Hamill restera l’une des plus émouvantes du film. Le conflit qui oppose Dameron à la remplaçante de Leia, la vice-amirale Holdo (superbe Laura Dern) fait écho aux divergences entre Luke et Rey en mettant une nouvelle fois en avant une opposition entre l’ancienne génération et la nouvelle : ils ne sont pas forcément d’accord mais se respectent.

Le message de Rian Johnson est clair : l’ancienne génération doit inspirer la nouvelle, mais ce sont bien les jeunes qui doivent gagner leurs propres batailles. Ce n’est pas à Luke de vaincre Kylo Ren dans un combat épique au sabre laser, n’en déplaise aux fans horrifiés par la formidable illusion du Maître Jedi. Son combat, Luke l’a gagné il y a des années contre son père. Ce n’est pas à lui de régler les problèmes de la nouvelle génération. Luke se sacrifie en utilisant toute sa force afin d’inspirer les futures générations, il dépasse alors sa condition d’homme et embrasse son image de légende. Pic émotionnel du film, l’image de Luke Skywalker sortant des flammes et avançant seul vers une armée entière restera l’un des plus grands moments de la saga. Sa mort physique après ce dernier coup d’éclat n’en est que plus touchante.

Les Derniers Jedi est un film sur l’échec et les différentes manières de le gérer. Ainsi, une sous-intrigue suit Finn et Rose à la recherche d’un hacker qui puisse les aider à pirater le vaisseau amiral du Premier Ordre. Cette mission se solde par un échec retentissant et on pourrait au premier abord se demander quel était l’intérêt de cette intrigue. L’intérêt est purement thématique : si la mission est un échec, Finn et Rose ont, sans s’en rendre compte, déclenché l’esprit de révolte d’esclaves sur la planète où ils sont passés. Cette intrigue douce-amère qui ne semble aller nulle part est personnifiée par DJ, le hacker versatile et imprévisible interprété par Benicio Del Toro : tantôt allié, tantôt salopard, tout est relatif pour ce personnage dont la vision du monde reste constamment dans les nuances de gris et pour qui faire un deal avec les méchants représente une opportunité de les rouler un autre jour. Si la Résistance essuie énormément de pertes, à la fin du film, l’étincelle de l’espoir a été rallumée par Finn et Rose et par le sacrifice de Luke. Cette dernière image d’un jeune esclave observant le ciel et levant son balai tel un sabre laser conclut magnifiquement le propos de Rian Johnson, tout comme découvrir que Rey n’avait pas d’origine secrète, qu’elle n’était la fille de personne d’autre que des salopards qui l’ont vendue. Au final, un Jedi n’a pas besoin d’être le fils ou la fille de quelqu’un d’important. Et comme Luke l’a dit à Kylo Ren, il ne sera pas le dernier Jedi.

Si le film présente quelques longueurs, cela ne gâche en rien l’intensité et l’émotion qui s’en dégagent. Malgré le sérieux de son propos, Rian Johnson n’oublie pas de s’amuser avec cet univers en nous présentant toutes sortent de nouvelles créatures, mais aussi en nous gratifiant de bons moments d’humour. Les variations de ton sont parfaitement équilibrées et les scènes d’actions nous offrent vraiment du grand spectacle remplissant amplement le cahier des charges d’un Star Wars avec un combat au sabre laser, des courses poursuites et des batailles de spatiales et terrestres. La photographie est simplement magnifique et on retiendra en particulier ces images sans son d’un vaisseau passant en vitesse lumière et en éventrant un autre.

Star Wars – Les Derniers Jedi est une réussite qui se hisse aisément à hauteur des meilleurs épisodes de la saga, notamment grâce à des choix thématiques et narratifs audacieux qui forcent les fans à redevenir spectateurs et à mettre de côté ce qu’ils aimeraient voir au profit d’un spectacle original qui suscite la réflexion.

9/10

Qu’en avez-vous pensé ? N’hésitez pas à commenter plus bas !

Until next time, this is Matt wishing the best in 2018 !

Matt est prof d’anglais, cinéaste amateur (www.alienprods.com) et lecteur de comics.

1 commentaire

  1. YR

    14 janvier 2018 à 20 h 23 min

    Qu’en avez-vous pensé ?
    Et bien, pour faire simple et soft, de part mon expérience dans la Bande dessinée.

    1/ Quelqu’un qui, dans une histoire collective flingue des personnages/points de l’intrigue précédemment établis sans avoir rien à proposer de mieux (et je pèse mes mots) – c’est quelqu’un qui, outre un manque de respect, fait preuve d’un manque d’imagination/de talent. Tu prends le bâton de relai et tu cours avec, tu ne le jettes pas par dessus ton épaule.

    2/ Quelqu’un qui enquille des péripéties pour finalement ne pas faire avancer l’action ou les personnages, c’est quelqu’un qui ne sait pas où il veut aller et donc n’a aucun message (les prétentions de message de Johnson sont contredites constamment, le non sacrifice de Finn contre le sacrifice de Holdo).

    Après, à l’heure où des reshoots exorbitants de la dernière chance sont accordés, comment comprendre la logique derrière le maintien de Carrie Fisher dans le film alors qu’il y avait au moins deux belles manières de lui faire quitter la saga dans le script ? C’est ça, ce qu’on va garder pour la postérité de Leia : un meme dans l’espace ?

    Les bons points, uniquement visuels, existent mais ne sont pas constants (universellement conspuée planète casino, Yoda plus marionnette qu’en 1980) et ne sauvent en aucun cas le film qui effectivement est plus proche de Space Balls que de Star Wars (difficile de ne pas penser à St Cyr/Lord Casque Noir quand on voit Hux et Ren).

    La question qui se pose, devant le précipice qui sépare les pro et les antis TLJ, n’est pas est-ce que les antis sont trop indécrottables pour accepter quelque chose de (soit-disant) neuf mais plutôt est-ce que les pros ne se réfugient pas dans l’auto-suggestion pour continuer à apprécier ce qui n’est plus appréciable ?

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