REVIEW : The Preppie Connection


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The Preppie Connection de Joseph Castelo

Prochainement au cinéma

Toby, jeune homme discret issu d’un milieu modeste, est accepté à la prestigieuse faculté de Sage Hall à laquelle sa mère l’a inscrit sans l’avertir. Contraint d’y aller, il va assez vite devenir la risée de ses camarades, issus de milieux huppés. Mal dans sa peau et désireux d’intégrer la bande d’Ellis, jeune homme charismatique et cruel, il va se mettre à leur fournir ce qu’ils préfèrent : la cocaïne la plus pure, celle venue directement de Colombie.

Sex, drugs and rock n roll ? Non, seulement drugs. Et encore, le sujet de la drogue n’est pas traité à fond, c’est-à-dire qu’on n’en voit pas vraiment les effets, ni mêmes les dérives. Le film ne traite ni l’addiction, ni le manque, ni les séquelles physiques et morales qui en découlent.

Se déroulant durant les années 80, le film évoque le succès de la cocaïne dont la consommation explose à cette époque aux Etats-Unis. Drogue propre par excellence, elle est prisée dans certains milieux pour sa facilité d’absorption (pas de sang, pas de seringue, pas de traces visibles sur le corps) et ses effets secondaires relativement discrets. Le film traite de ce que l’on est prêt à faire pour obtenir la reconnaissance de ses pairs. On savait déjà que l’effet de groupe, délétère dans le film, était à double tranchant. Potentiellement stimulant pour l’individu, il peut tout aussi bien le noyer dans la masse en le dépersonnalisant. Jalousie, mal être, vengeance, désir de reconnaissance et perdition sont les thèmes phares du film. On retrouve quelque chose de la fascination pour l’adolescence que partagent Lars Von Trier, avec ses films d’ambiance quasiment tournés au ralenti, et Sofia Coppola, maîtresse du drame poétique. Moins glamour, on n’échappe pas au mythe mille fois renouvelé du crapaud qui se transforme en prince avec le personnage principal qui va, évidemment et forcément, réussir à séduire la belle Alex.

Malheureusement, les personnages manquent cruellement de profondeur et de complexité. Enfermés dans des clichés, ils répondent aux mythes de la mère qui va reporter toute son ambition sur son fils, des gosses de riches abandonnés à eux-mêmes prêts à s’autodétruire pour tromper l’ennui, ou encore du jeune élève studieux, corps sec et lunettes sur le nez, un peu polard, mis à l’écart. On a aussi en stock la plus belle fille de l’école, fatalement lointaine et inaccessible.

Par ailleurs, les acteurs n’ont pas toujours été bien choisis. Pour preuve, le prof d’économie a l’air tout droit sorti d’une publicité pour des caleçons Calvin Klein (corps body buildé, sourcils inertes lui barrant le front, cou plus large que la tête). Alex est sans doute jouée par un mannequin sélectionné pour le film. Son visage, parfaitement droit et symétrique, marqué par une absence totale d’expressivité, lui confère un physique de papier glacé. De cette perfection, il ne se dégage rien. En revanche, l’acteur interprétant le rôle de Toby, Thomas Mann, est plutôt bien choisi. Visage mou, regard apeuré, menton fuyant, pomme d’Adam disproportionnée : c’est l’anti héros typique. Avec son air constamment hésitant, il correspond bien à l’ado qui n’a aucune conscience de sa puissance, tant physique que mentale.Comme vous l’aurez compris, les personnages sont assez peu crédibles. On ne s’identifie à aucun et on s’attache encore moins. Même Toby, au départ sympathique, finit par être agaçant avec son regard de merlan frit et ses lèvres tremblotantes.

Le film comporte beaucoup d’incohérences. Les actes de Toby par exemple, follement héroïques, se raccordent très mal à sa personnalité floue, en demi-teinte, et à son manque d’affirmation personnelle. Certaines scènes sont carrément ridicules, comme celle de la course poursuite dans les petites rues d’un village de Colombie, alors qu’Alex et Toby sont habillés comme à la fac, en petite chemise et pull jacquard.

Relevant d’une intrigue pauvre, le projet aboutit à un film fadasse, insipide et mou. Sans surprise ni suspense, le scénario ultra basique ne s’encombre ni de détails, ni de nuances. Les bons d’un côté, les méchants de l’autre. The Preppie Connection manque de piquant et de passion, de réalisme et de folie, de prise de risque et d’imagination. On reconnait un style vaguement naturaliste à la Sofia Coppola : usage des gros plans, même univers normé, fascination pour la jeunesse et sa pureté abyssale, mais sans recherche esthétique ni sonore. Ni thriller, ni drame, ni film d’ambiance véritable, le film n’appartient à aucun genre. Ainsi Joseph Castelo livre un film fantôme, sans identité propre. The Preppie Connection ne marquera pas l’histoire du cinéma.

Diane Lombart

Diane Lombart

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