SAISON 10 : The X-Files


xfiles saison 10

Mulder et Scully sont de retour pour une dixième saison de six petits épisodes et le résultat est assez inégal, la cause principale tenant justement de la courte durée de cette saison qui ne permet pas à Chris Carter, créateur de The X-Files, de développer correctement ses idées au point de nous livrer un fil rouge un peu foireux et à moitié développé, ce qui semble devenir une habitude quand Carter s’occupe lui-même des scripts au lieu de laisser ses idées entre des mains plus expertes (on se souvient notamment du complètement raté The X-Files : I Want To Believe sorti sur nos écran en 2008). Chris Carter semble souffrir du syndrome George Lucas, et il est peut-être temps pour lui de passer le flambeau à quelqu’un d’autre.

  1. My Struggle (écrit par Chris Carter)

On reprend les mêmes et on recommence. Et quand je dis « on reprend les mêmes », c’est « on reprend les mêmes intrigues ! »  Ce n’est un secret pour personne, les épisodes mythologiques de X-Files étaient passionnants à suivre lorsqu’ils étaient éparpillés au milieu des épisodes classiques de « l’enquête de la semaine », mais avec un peu de recul on se rend compte qu’ils ne sont pas toujours les meilleurs. Le fil rouge de la conspiration et de la colonisation extra-terrestre, bien qu’extrêmement passionnant et divertissant, manquait souvent de clarté et de cohérence, l’intrigue étant créée au fur et à mesure. Chris Carter créait ainsi des révisions et contradictions au sein même de sa propre mythologie. Rien de plus frustrant que la manière dont a été gérée la disparition de Samantha Mulder par exemple.

My Struggle commence par un petit rappel par Mulder lui-même de ce qui lui est arrivé depuis le début de la série, de son combat pour mettre à jour la conspiration. Tout ceci pour que l’épisode se finisse sur Mulder, sceptique, persuadé que tout ce qu’il a vécu et vu était en fait de l’intox créée par le gouvernement pour étouffer d’autres affaires. En gros, neuf saisons d’X-Files reniées par Mulder, qui a déjà traversé cette même crise au cours des saisons 4/5 ! Cela n’a aucun sens après tout ce dont le personnage a été témoin !

xfiles struggle

Si le fait de revoir Mulder, Scully et Skinner me remplit de plaisir, les dialogues et la raideur des acteurs m’ont quelque peu déçu dans ce premier épisode, surtout David Duchovny, qui parait un peu bouffi et dépressif, mais bon, on va dire que ça va avec le rôle !

Il y a de bonnes idées, comme la transposition de la série à nos jours, avec les nouvelles technologies et la manière dont sont traitées les informations aujourd’hui, mais ce n’est pas suffisant pour être vraiment intéressant. Il y a aussi des mauvaises idées, comme Scully semblant entamer une relation avec le true believer Tad O’Malley. Ce qui dure deux secondes et n’a aucun sens.

Dans une scène de lourde exposition où les réponses viennent de nulle part, Mulder et O’Malley se lancent dans des monologues paranoïaques sur le gouvernement qui a testé et utilisé les technologies extra-terrestres afin de dominer les Etats-Unis, puis le Monde. Le but final serait de diriger les USA, mais les gens qui font cela sont déjà au pouvoir, alors le raisonnement ne tient pas vraiment debout… Tout comme un groupe de « gentils »  scientifiques qui ont reproduit un vaisseau extra-terrestre avec une énergie propre et qui arrivent à le faire complètement disparaître… avant de disparaître eux-mêmes, tous explosés par un commando spécial à la fin de l’épisode.

Ce qu’il faut retenir du fil rouge de cette saison sera donc que de l’ADN extra-terrestre est retrouvé dans le génome de plusieurs personnes, dont Scully elle-même (on s’en doutait déjà depuis la période de son cancer, mais passons). Le gouvernement ou une organisation secrète au sein du gouvernement effectue depuis 70 ans des enlèvements et des expériences sur les gens en utilisant la technologie alien pour faire croire qu’il s’agit d’enlèvements extra-terrestres. Le but exact de ces expériences ? On l’ignore pour l’instant… mais tout semble être dirigé par l’Homme à la Cigarette lui-même !

Tout va bien cependant, puisqu’on apprend que Skinner vient de rouvrir les X-Files ! C’est rapide et très facile, mais on admettra que pour relancer la série avec seulement six épisodes, il fallait condenser un peu le tout. On acceptera donc ce premier épisode pas très bien écrit et mal structuré comme le mal nécessaire pour remettre en selle les agents Mulder et Scully.

  1. Founder’s Mutation (écrit par James Wong)

Un épisode stand-alone qui reprend la formule classique. Mulder et Scully sont agents du FBI menant une enquête sur un suicide étrange et des expériences sur des enfants victimes de malformations génétiques ! On se sent déjà plus en train de regarder un épisode d’X-Files qui n’est pas alourdi par le poids de la mythologie. Et quand la mythologie vient frapper à la porte, c’est sous forme de petit rappel léger utilisé pour sa portée émotionnelle : cette enquête touche Scully personnellement, lui rappelant son propre enfant, William, qu’elle a été forcée d’abandonner pour le protéger. L’épisode est ainsi enrichi par des songes de Scully puis de Mulder imaginant des moments de partage avec leur fils mais qui tournent dans les deux cas au cauchemar, les confortant probablement dans l’idée que William est plus en sécurité loin d’eux. Tout ceci rentre dans la thématique de l’épisode qui est une nette amélioration par rapport au précédent : Mulder est plus éveillé, l’humour est plus présent et les acteurs semblent beaucoup plus à l’aise et concernés.

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  1. Mulder & Scully Meet the Were-Monster (écrit par Darin Morgan)

Enfin un épisode parfait ! Il s’agit là du meilleur épisode de cette courte saison :

“You’re really enjoying yourself, aren’t you Scully?”

“Yeah, I am. I forgot how much fun these cases could be.”

“That’s how I like my Mulder!”

Ces trois répliques résument parfaitement ce qu’on ressent en regardant cet épisode des plus drôles, divertissant et qui, en prime, offre une petite réflexion sur l’homme moyen dans la société contemporaine à travers le regard d’une étrange créature se transformant en homme et adoptant malgré elle notre caractère et notre comportement. L’autodérision est donc de mise et les personnages (et la série) ne sont pas épargnés : Mulder galérant avec son portable, ses photos et vidéos offrant de bons fous rires ou Mulder, toujours lui, faisant un monologue dans lequel il fait à la fois ses répliques et celles de Scully. Les dialogues sont savoureux et l’intrigue délicieusement absurde et méta : Mulder commence l’épisode blasé, sceptique et le termine en ayant retrouvé la foi (ou l’envie d’avoir la foi : he wants to believe !). Tout comme les acteurs et, finalement, comme le spectateur et fan qui retrouve là un épisode à classer automatiquement dans la liste des classiques !

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  1. Home Again (écrit et rélisé par Glen Morgan)

Maman Scully meurt après avoir mentionné (apparemment) William, l’enfant de Mulder et Scully, qui semble être au centre des préoccupations, faisant de cet épisode le plus personnel et émotionnel de la saison.

Pour se changer les idées, Scully a besoin d’action, et rien de tel que ce mystérieux personnage qui démembre ses victimes à mains nues. Mulder et Scully en profitent pour faire des petites références au bon vieux temps.

On appréciera également le commentaire pertinent sur l’environnement et sur la société avec sa politique de l’autruche. Les SDF traités comme des déchets qu’on déplace pour ne plus les voir, donnant l’impression d’avoir réglé le problème.

Un parallèle intéressant est fait entre la création de la créature et celle de William, deux êtres nés d’un besoin ou d’une volonté mais qui prennent vie pour suivre leur propre chemin. Scully fait remarquer la responsabilité des parents dans la création et dans le chemin que prennent leurs enfants. Le monstre de l’épisode n’est que la manifestation de la colère due à la manière dont sont traités les SDF : les victimes de la créature sont alors traitées de la même manière, comme des ordures qu’on déchire et qu’on balance à la poubelle.

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Il n’y a pas vraiment de résolution de l’enquête (comme cela arrive parfois dans X-Files) car ce qui importe, c’est le parcours émotionnel de Scully, culpabilisant d’avoir abandonné son enfant. Peut-être peut-on également y voir un commentaire un peu plus méta de la part du scénariste sur la manière dont a été traitée l’intrigue de William au cours de la série, comme un problème qui aurait été mis de côté par ce qu’ils ne savaient pas quoi en faire ?

  1. Babylon (écrit et réalisé par Chris Carter)

Le seul bon épisode de Chris Carter cette saison qui trouve ici l’équilibre parfait entre le sujet d’actualité (le terrorisme), les expériences à cheval entre la science et le mystique, la quête personnelle (Scully et son regret de ne pas avoir pu communiquer avec sa mère), la mythologie (les apparitions de l’Homme à la Cigarette et des Lone Gunmen) et bien entendu l’humour. Bien que le sujet soit sensible et aurait peut-être pu (dû ?) être traité sérieusement, on ne va pas regretter l’expérience psychédélique country de Mulder, qui nous aura fait voyager dans son esprit « ouvert ». Et on ne va certainement pas regretter Mulder et Scully partant chacun de son côté le temps d’un épisode pour faire équipe, sans rien dire à l’autre, avec des versions plus jeunes d’eux-mêmes, Miller et Einstein, nous offrant ainsi de bonnes petites répliques et clins d’œil. Il s’agit en effet d’un épisode très divertissant qui propose à nouveau une lecture méta de la relation entre Mulder et Scully, même si, sur six épisodes, il faudrait songer à apporter davantage de nouveauté et un peu moins d’autoréférences.

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Miller et Einstein sont-ils un test pour voir si un spin-off pourrait être lancé ? Pourquoi pas ! Si cela permet de relancer les X-Files pour une saison entière qui garderait le même esprit.

Cela dit, il sera impossible de remplacer Mulder et Scully, surtout lorsque les acteurs sont aussi impliqués que dans cet épisode, prouvant que le premier épisode n’était que du décrassage.

  1. My Struggle II (écrit par Chris Carter)

Tout le monde est contaminé par un virus qui a été transmis grâce au vaccin contre la variole. Seuls certains individus choisis reçoivent l’antidote, pour laisser périr le monde et permettre aux survivants de repartir à zéro pour en construire un meilleur. Tout est découvert et nous est raconté dans un laps de temps si court que cela semble trop énorme et incohérent pour qu’on soit pleinement investis. Une pandémie à l’échelle planétaire que l’on suit grâce à une émission sur internet qui annonce ce que l’on voir dans la scène suivante, les dialogues des personnages ne servant qu’à expliquer l’épisode, on a vraiment du mal à apprécier cette fin de saison.

J’étais très heureux de retrouver l’agent Monica Reyes mais cela aurait pu être n’importe qui, et le personnage s’en trouve gâché, au service de l’Homme à la Cigarette qui dévoile enfin le but de toutes ses machinations. Il est bien l’homme le plus puissant du monde. Fini les extra-terrestres, les hybrides et la colonisation, c’est bien l’Homme lui-même qui s’est autodétruit. On appréciera ou pas l’ironie : pour être sauvé, il faut s’injecter de l’ADN extra-terrestre, devenir en quelque sorte un hybride. Scully doit fabriquer un antidote à partir de son ADN alien sauf pour Mulder qui est trop mal en point et qui a donc besoin de cellules souches, que seul son fils William pourrait lui transmettre : ça sort de nulle part ! Tout comme ce vaisseau extra-terrestre qui se pointe de manière opportune au-dessus de Mulder et Scully et qui vient clore cette saison par un cliffhanger inapproprié.

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La fin du monde ? A en juger par le « This is the End » de fin de générique, on suppose que oui ! Mais il s’agit là d’une fin du monde un peu cheap et qui manque cruellement de « conclusion ». Au bout de six épisodes, sans aucune garantie du retour de la série et avec l’intrigue autour de William toujours en suspens, on nous sert du « à suivre » ? C’est à la limite du foutage de gueule. On reste donc sur sa faim au terme d’une saison en demi-teinte et aux épisodes de mythologie ratés. On se consolera en se disant qu’il y aura probablement une suite, en tout cas on l’espère fortement car il serait triste de quitter Mulder et Scully de cette manière. Malgré un début difficile et des scripts inégaux, il faut bien avouer que cela fait toujours plaisir de retrouver ces personnages.

Until next time, this is Matt, yelling « Dagoo !« 

Matt est prof d’anglais, cinéaste amateur (www.alienprods.com) et lecteur de comics.

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