SAISON : Stranger Things


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Stranger Things restera l’un des événements télévisuels de cette année 2016. La série était pourtant encore inconnue il y a un mois, jusqu’à ce que Netflix décide d’en dévoiler l’intrigante bande annonce. Dès les premières images, le ton était donné : on nous renvoie dans les années 80. Vous connaissez cette sensation quand vous regarder un film issu de cette période : non, ça ne pue pas, ça respire les années 80 ! Les frères Duffer ont concocté une série qui respire cette période par tous les pores, s’inspirant de tous les films et livres avec lesquels ils ont grandi pour créer un produit dérivé et réaliser un véritable tour de force: paraître authentique.

Au-delà des multiples références (Spielberg, King, Carpenter…), on se délectera de la minutie apportée au projet en termes de reconstitution d’une époque. Que ce soit au niveau des décors, des vêtements (vous savez, quand les gosses s’habillaient comme des vieux), des coupes de cheveux improbables, de la musique (du synthé, forcément), jusqu’au style du générique : tout est parfait. Oui, mais parfait pour qui ? Si cette première saison pourra être appréciée par des spectateurs de toutes les générations grâce à un scénario malin et des personnages immédiatement attachants, l’ambiance et les références ajouteront une certaine saveur pour ceux qui ont grandi à cette époque ou avec les films dont la série tire son inspiration. Plusieurs plans ou scènes déclencheront des réactions nostalgiques à plus d’un spectateur, faisant de Stranger Things une véritable madeleine de Proust cinématographique, une malle remplie de souvenirs qui vous nouent la gorge et vous piquent le nez et les yeux (et non, ce n’est pas dû à la poussière).

Quelle poussière d’ailleurs ? Les frères Duffer prennent du vieux mais en font du neuf. Certes, on pourrait dire qu’il s’agit d’une fan-fiction qui reprend les idées d’autres auteurs, mais quelle fan-fiction ! A la manière de J.J. Abrams avec Super 8, les Duffer rendent hommage mais créent leur propre univers et leur propre mythologie avec tact, pour nous les dévoiler pas à pas, à travers des intrigues prenantes et mystérieuses mais avant tout humaines.

Enfants, ados ou adultes, les personnages sont soigneusement écrits et interprétés et même si certains restes des clichés (les deux policiers stupides, les méchants camarades de classe…), ils n’en demeurent pas moins des éléments essentiels rendant vivante et authentique la communauté d’Hawkins dans l’Indiana. Une communauté perturbée par la disparition du jeune Will Byers, alors qu’il rentrait chez lui après une partie de Donjons & Dragons avec sa bande de potes geeks. Mike, Lucas et Dustin vont se mettre à sa recherche et vivre une aventure digne des histoires fantastiques et de science-fiction dont ils sont fans et qu’ils ne cessent de citer.

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L’amitié fait bien entendu partie des thèmes abordés et la relation entre les trois gamins va être mise à rude épreuve avec l’arrivée d’une étrange jeune fille qui aura autant besoin d’eux qu’ils auront besoin d’elle. Il y a de nombreux échos d’E.T. et Stand By Me dans la relation entre la mystérieuse Eleven et les garçons. Encore une fois, on a une impression de déjà-vu mais cela n’enlève rien à l’attachement immédiat que l’on a pour ces enfants ou à la dimension émotionnelle de leur quête. Il en sera de même pour les ados qui essayent de se construire et de trouver leur voie dans le monde, obligés de faire des choix, des erreurs nécessaires pour apprendre et avancer mais dont les conséquences les marqueront à vie. C’est le cas de Nancy, la grande sœur de Mike, ou encore de Jonathan, grand frère de Will, ado effacé qui, face à la disparition de son frère et au comportement délirant de sa mère, doit devenir rapidement adulte et l’« homme de la famille » puisque son père est depuis longtemps aux abonnés absents.

Les drames familiaux, petits ou grands, sont donc au centre de Stranger Things. Du côté des adultes, c’est Hopper, le chef de la Police, et Joyce, la mère de Will, qui ne lâcheront rien pour retrouver l’enfant même lorsque tout semblera perdu. Hopper y voit une seconde chance et Joyce, à la limite de la folie, ne pourra ignorer les indices, aussi fantastiques et incroyables soient-ils. Winona Ryder nous gratifie d’une performance intense et touchante équilibrée par la force plus contenue et maîtrisée de David Harbour, dont le personnage de Hopper représente la figure paternelle rassurante à laquelle on peut toujours se raccrocher. Pour les enfants, les Duffer peuvent se targuer d’avoir trouvé de jeunes acteurs incroyables capables de jouer sur plusieurs registres tout en restant naturels. Les scénaristes et réalisateurs offrent à chacun l’opportunité de briller et tous la saisissent avec ferveur, Gaten Matarazzo (Dustin), Caleb McLaughlin (Lucas) et Millie Bobby Brown (Eleven) en tête.

Chaque groupe de personnages va gérer la situation à sa manière, divisant la saison en plusieurs intrigues distinctes mais liées par la disparition de Will et les étranges phénomènes qui se produisent dans les environs. A la manière de Spielberg, il s’agit ici de placer des gens ordinaires dans des situations extraordinaires et cela fonctionne parfaitement, donnant du poids et de la crédibilité aux éléments fantastiques et horrifiques de Stranger Things. L’ambiance reste toujours angoissante et les touches d’horreur sont parfaitement dosées pour entretenir le suspense et ne pas tomber dans la gratuité. On nous montre juste ce que l’on a besoin de savoir dans l’intérêt de l’histoire. D’ailleurs, même s’il y a une véritable fin à l’histoire de la disparition de Will Byers, beaucoup de questions restent en suspens à la fin de la saison, ce qui n’est pas dérangeant puisqu’on prendra plaisir à en découvrir davantage la saison prochaine.

Stranger Things est un coup de maître de la part des frères Duffer, tant du point de vue du scénario que de la réalisation, avec une photographie de qualité cinématographique, puisant sans cesse dans le meilleur de ce qui a été fait dans le genre et s’imposant comme un sublime hommage, notamment aux œuvres fantastiques et de science-fiction des années 80. Au terme de cette première saison, l’envie vous prendra peut-être de ressortir votre magnéto et de dépoussiérer vos vieilles VHS pour revivre ces moments qui vous ont fait rêver et cauchemarder quand vous étiez plus jeunes.

10/10

Until next time, this is Matt feeling awesome !

Matt est prof d’anglais, cinéaste amateur (www.alienprods.com) et lecteur de comics.

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