THROWBACK THURSDAY : Ed Gein, musique pour un serial killer 

Ed Gein :: fiction

Leatherface, Norman Bates, Jame Gumb aka Buffalo Bill

Pour ce second Throwback Thursday, on repart environ 50 ans en arrière pour parler d’Ed Gein. Ed Gein, c’est le genre de gars qu’on n’aimerait pas croiser dans une ruelle sombre. Même votre pire ennemi, vous ne voudriez pas qu’il croise sa route. C’était en apparence un célibataire endurci, sans histoire, vivant dans la ferme héritée de ses parents. Sauf qu’en fait, le bonhomme était un tueur en série profanateur de tombe (combo parfait) qui utilisait les os de ses victimes comme Valérie Damidot utilise les stickers dans D&Co : pour décorer son petit chez lui. Et il aimait sa môman. Beaucoup, beaucoup, beaucoup. Tellement qu’il avait décidé d’utiliser la peau de ses victimes pour se faire un déguisement à l’effigie de feu Mme Gein, parce que, pourquoi pas après tout ? Ces caractéristiques vous rappellent peut être quelque chose, car Gein a inspiré non pas un, ni deux, mais trois alter ego fictionnels : Leatherface de Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974), Norman Bates de Psychose (Alfred Hitchcock, 1962) et Buffalo Bill du Silence des agneaux (Jonathan Demme, 1991). Un homme, trois films, trois ambiances musicales.

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Ed Gein, en chair et en os

Massacre à la tronçonneuse est un film poisseux, morbide, aux couleurs saturées, tout comme la BO créée par Hooper lui-même et Wayne Bell. On nous dit dès le départ que le film est basé sur des faits réels. C’est donc sans surprise que l’on entend des grognements, des bruits de pelle creusant la terre, et des sons de chair que l’on coupe et déchire dans l’ouverture. Des percussions et des cordes sont aussi de la fête, suivant un modèle arythmique pour renforcer notre malaise. La voix du journaliste se superposant au bruit ambiant et rapportant des crimes plus affreux les uns que les autres ancre définitivement le film dans un réalisme grotesque. Cela sera renforcé plus tard dans le film avec l’ajout de piaillements de poules et de grognements de cochons, et bien sûr, le son d’une tronçonneuse. La BO de Massacre contient aussi sept chansons originales par des groupes Texans, mais elle n’a jamais été sortie de manière officielle à cause de problèmes de copyrights.

https://www.youtube.com/watch?v=swBoRZaCTPA

Psychose au contraire, est un film en noir et blanc élégant —même si l’avis de la critique de l’époque divergeait— et très gothique. La cruauté du meurtre de la pauvre Marion Crane se reflète dans la sauvagerie de la partition de Bernard Herrmann. Alors que le couteau s’enfonce plus profondément dans la chair de Marion, les cordes du compositeur s’attaquent à vos oreilles.

https://www.youtube.com/watch?v=0WtDmbr9xyY

La scène de la douche

On avait alloué à Hitchcock qu’un mini budget pour son film et, pas vraiment satisfait du résultat, il avait envisagé d’en réduire la durée pour le diffuser à la télévision dans son anthologie Alfred Hitchcock présente. C’est à ce moment là qu’Herrmann a proposé de jeter un œil au film et de voir ce qu’il pouvait faire. Sir Alfred a accepté mais a demandé au musicien de laisser la scène de la douche sans musique, consigne qu’il a ignoré, béni soit-il. Restrictions de budget obligent, Herrmann n’a pu utiliser qu’un orchestre à cordes au lieu d’un orchestre symphonique. Il a plus tard déclaré que finalement c’était assez bien tombé, car la photographie en noir et blanc se devait d’être complétée par une partition en noir et blanc. Les cordes évoquent évidemment des cris d’oiseaux, indiquant ainsi le passe-temps favori de Norman, l’empaillage d’oiseaux. J’imagine que le macramé était un hobby trop insipide pour un tueur en série, hein ?

Herrmann _ Hitchcock

Alfred Hitchcock et Bernard Herrmann

La partition d’Howard Shore pour Le silence des agneaux est plus subtile et moins agressive pour vos sens que celles de Hooper et Wayne, ou celle d’Herrmann. Les deux précédentes sont en fait des compléments de la personnalité de Leatherface et de Norman, soulignant le grotesque de l’un et la personnalité double de l’autre. Dans le film de Demme, Starling et Lecter sont les protagonistes et ce sont eux qui ont des thèmes musicaux qui leur sont dédiés. Buffalo Bill a la chanson de Q Lazarus, Goodbye Horses. La musique de Shore est sombre comme un jour d’automne, saison durant laquelle se déroule le film. Elle hante le film, suit et menace les personnages, tout comme la caméra qui observe Clarice comme un prédateur dans la scène d’ouverture.

https://www.youtube.com/watch?v=c1o-GOpdt0Q

(Désolée pour la voix-off d’Europe de l’Est…)

Voilà, maintenant vous savez quoi écouter pour votre prochain dîner entre amis. Vous savez aussi quoi porter — votre tricot en peau humaine pardi ! Vous pourriez cuisiner des fèves, du foie, et servir du Chianti. Ftftftftftftftftft.

Initialement publié pour Score It.

Marine Wong Kwok Chuen

Diplômée de University College Dublin en Film Studies, Marine est une des rédactrices du blog. Elle en est aussi la relectrice officielle et essaye de faire la chasse aux coquilles.

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